mercredi 6 mai 2026
mardi 5 mai 2026
Sur la philosophie de Gustavo Bueno - Un article de Carlos X. Bianco
Carlos X.
Blanco
La philosophie du professeur riojan défunt, don Gustavo Bueno Martínez (1924-2016), est extrêmement complexe. Elle est dotée d’un langage technique propre, souvent autoréférentiel, que seul le disciple dévot et persévérant finit par maîtriser pleinement. Quoi qu’il en soit, le lecteur non spécialisé en philosophie — et plus encore tout lecteur non adepte de son système prétendu — peut saisir les aspects les plus significatifs de son œuvre.
mardi 14 avril 2026
Nihilisme, disent-ils…
« Nihil » en latin veut dire « rien ». Le nihiliste est donc un partisan du rien ?
De ce terme, il y a plusieurs acceptions. Philosophiquement, le nihilisme est
une sorte de scepticisme radical tant du point de vue de la connaissance que
du point de vue moral. Il s’exprime dans un relativisme assumé. L’existence n’a
aucun sens.
En Russie, on a appelé « nihilistes » les révolutionnaires
radicaux, contestant l’ordre établi aussi bien dans le domaine littéraire que
religieux ou politique. Ivan Karamazov est qualifié de « nihiliste ».
dans le célèbre roman de Dostoïevski : Ivan nie la justice divine et nie
donc Dieu. Son frère Aliocha est effrayé « — Mais c’est de la révolte,
prononça doucement Aliocha, les yeux baissés. » Le nihiliste conséquent
veut la destruction du monde. On retrouve cette inspiration chez les héros des Démons de Dostoïevski. Toutes les formes de
terrorisme ont quelque chose du nihilisme. Anéantir la vie !
Du nihilisme russe sortiront des courants anarchistes ou
populistes. Il s’agit de détruire le vieux monde pour en construire un nouveau
sans dogme, sans hiérarchie. Le bourgeois conservateur voit volontiers un
nihiliste dans toute personne qui veut anéantir son monde bourgeois…
En tout cas, rien de ce que nous pouvons observer aujourd’hui,
dans nos sociétés dites « avancées ». Peut-être, pourrait-on voir quelque chose ressemblant
au nihilisme russe dans les courants soixante-huitards ou post-soixante-huitards,
mais comme toujours, la deuxième fois, c’est une farce !
On peut trouver une deuxième acception du terme « nihilisme » chez Nietzsche. Pour lui, c’est l’ensemble de la civilisation occidentale, depuis Socrate et le christianisme, qui est sur une trajectoire nihiliste. Le « socrato-christianisme », si on ose employer ce mot, est égalitariste, condamne les forts et valorise les faibles, il est fondé sur le ressentiment, et conduit à l’annihilation des « valeurs de la vie ». Pour Nietzsche, le christianisme est une abomination (« La pitié, c’est la pratique du nihilisme », dit-il dans L’Antéchrist), et donc, le socialisme et la démocratie, aboutissements de cette tendance mortelle de notre civilisation, sont évidemment à rejeter sans la moindre concession.
Prenez tous les extraits qui vous intéressent et vous
obtiendrez un « Nietzsche à destination des imbéciles », un
nietzschéisme de bazar qui se porte assez bien dans les milieux qui se veulent
des élites.
Cette espèce de nietzschéisme est partagé par des gens comme
Ayn Rand (qui est le seul auteur que Trump ait lu, selon ses propres paroles) et
par les « lumières sombres » qui ne cessent de dénoncer l’assistanat,
l’aide aux pauvres et veulent libérer les forts de toutes les entraves qu’ont
mis les faibles. La sécu, les salaires garantis et la retraite, voilà du pur « nihilisme »
chez tous ces zigotos qui, pour le coup, sont des rois du ressentiment.
Pour Nietzsche, l’homme nihiliste par excellence est le « dernier
homme », celui qui ne veut pas entendre le discours de Zarathoustra
appelant à surmonter l’humain et réclame, au contraire, qu’on le laisse avec
son bonheur. Bref, le dernier homme, c’est vous et moi.
Bizarrement, aujourd’hui, le nietzschéisme anti-nihiliste
recoupe une certaine critique religieuse, tentée par le « tradi ».
Les gens ne pensent qu’à jouir, l’hédonisme a renversé toutes les valeurs. Ce n’est
vraiment pas bien. Les « Occidentaux » n’ont plus de « valeurs »
et, ici et là, on cite la tolérance à l’homosexualité comme la marque de cet
effondrement des valeurs…
Curieusement, je vois des gens théoriquement défenseurs des
travailleurs, reprenant à leur compte les critiques contre le nihilisme de l’Occident,
un peu comme hier Mme Vermeersch dénonçait comme dépravation bourgeoise les
revendications ouvrières pour le contrôle des naissances et plus généralement
tout ce qui a rapport à la liberté sexuelle.
Que le mode de production capitaliste bafoue toutes les valeurs
humaines et transforme tout en objet de trafic, c’est absolument évident. Mais, n’en
déplaise aux contempteurs du prétendu nihilisme, la civilisation européenne et
le règne du capital sont devenus antinomiques. Ce qui sont en charge de la « culture »
ne manquent pas de détruire les valeurs que la civilisation europénne a
élaborées et qui doivent être défendues, même, ô horreur, contre les rhéteurs
du « Sud global ». Du christianisme, nous gardons la valeur sacrée de
l’individu qui est toujours plus que le groupe dont il est membre, plus que sa
famille ou sa nation. Du christianisme, nous gardons l’idée d’égalité : il
n’y a plus ni homme ni femme, ni Juif ni Gentil, dit l’apôtre Paul. Du
christianisme, nous gardons aussi et peut-être avant tout l’idée que l’homme
est libre, dispose d’un pouvoir de vouloir et de juger parce qu’il a été créé « à
l’image et à la ressemblance » de Dieu. Même si vous ne croyez pas en Dieu
(ce qui est mon cas), voilà qui met l’homme au plus haut et se situe à l’opposé
de ceux qui veulent la soumission (islam). De l’humanisme et des Lumières,
nous gardons la liberté de conscience, la liberté d’exprimer nos pensées, la
liberté de critique et de débat et la confiance dans la capacité de l’instruction
de tous pour faire progresser l’humanité (relisons sur ce dernier point la lettre
de Gargantua à son fils Pantagruel, de notre grand Rabelais).
Donc, au lieu d’accabler le prétendu « nihilisme des Occidentaux »,
nous ferions mieux de reprendre et défendre pied à pied notre héritage humaniste,
en n’oubliant pas de rappeler à M. le Sud global que l’abolition de l’esclavage
vient « de chez nous », que la première société des amis des Noirs
fut fondée à Paris et que la dénonciation du colonialisme et de la soumission
des autres peuples se trouve déjà chez
Diderot ! L’accusation capitale que nous devons adresser aux classes
dirigeantes, c’est précisément qu’elles piétinent et détruisent avec acharnement
cet héritage que nous devons défendre.
Denis COLLIN – le 13 avril 2026
mardi 24 mars 2026
Le problème du relativisme moral (cours)
1 Position du problème
Y a-t-il des règles morales qui peuvent valoir universellement ? Voilà une question qui ne se posaient guère dans les siècles antérieurs au nôtre. À la fois
Ø
parce que chacun était persuadé de détenir la
seule vraie conception de la morale humaine – découlant essentiellement de la
religion –
Ø et parce que, en même temps, la diversité des sociétés humaines semblait irréductible.
mercredi 18 mars 2026
Heurs et malheurs de Nicolas, par Rodolphe Cart
J'ai eu l'occasion de dire tout le bien que je pense du livre de Rodolphe Cart consacré à Mélenchon. Son dernier ouvrage qui part de l'analyse du "mouvement" "C'est Nicolas qui paie" a également rencontré mon intérêt. J'ai fait parvenir à l'auteur ce petit mot:
Souveraineté nationale et souveraineté populaire
Une lettre à Alain de Benoist à propos de son livre.
Cher Alain de Benoist,
Je viens de terminer votre livre, Souveraineté nationale et souveraineté populaire, que vous avez eu l’obligeance de me faire parvenir. J’ai beaucoup apprécié le travail conceptuel que vous menez sur la souveraineté et ses variations. Nous avons des accords et des désaccords. Comme j’ai tendance à confondre le peuple et la nation, évidemment j’ai aussi tendance à confondre souveraineté populaire et souveraineté nationale. Pour moi il n’y a de souveraineté nationale effective que si elle est la souveraineté populaire et il n’y a pas de souveraineté populaire sans souveraineté nationale. Des citoyens libres dans une république libre, pour reprendre ici la position défendue par Machiavel. Si on veut être maître chez soi, il faut évidemment ne pas être soumis à une puissance extérieure.
samedi 14 mars 2026
Adorno: terminologie philosophique
mercredi 4 mars 2026
Entre morale, droit et politique, une justice internationale est-elle possible ?
Conférence prononcée devant l’association « Philopop » du Havre, 24 mai 2008)
Introduction : position du problème
(Une des questions les plus importantes soulevées au cours des dernières années a été celle-ci : à l’âge de la mondialisation, peut-on proposer une alternative globale qui puisse protéger les humains contre les effets dévastateurs d’un libéralisme sans règle autre que celle de la maximisation du profit ? Plusieurs réponses sont apportées à ce défi. Mais elles peuvent se ramener à deux :
1) La mondialisation heureuse : la mondialisation est conçue comme un processus porteur d’espoir, porteur de la promesse d’un monde sans guerre et d’une croissance économique qui mettra un terme à la misère de masse dans les pays en voie de développement. Il suffit simplement de trouver à l’âge de la mondialisation, la « bonne gouvernance ».
-
Ce dialogue (dont l’authenticité a été parfois contestée) passe pour être une véritable introduction à la philosophie de Platon. Il est sou...
-
Cher Rodolphe Cart, J’ai lu avec un intérêt soutenu votre livre consacré à Mélenchon, le bruit et la fureur. Portraits d’un révolutionnair...
-
1 Présentation générale 1.1 Platon : éléments biographiques et œuvres. I Les événements Platon serait...





