La guerre est une rupture brutale du lien moral entre les
hommes. C’est aussi vieux que l’humanité. Il n’y a pas de société sans ce lien
moral (ou éthique si on tient à ce mot). Mais les sociétés humaines s’entretuent
sans la moindre pitié. Les guerres préhistoriques sont maintenant bien
documentées — voir Les guerres préhistoriques de Lawrence Keeley — et faisaient
un considérable nombre de victimes (entre 40 et 50 % des vaincus) et,
évidemment, on n’épargnait personne. Les Romains ne faisaient pas dans la
dentelle avec les rebelles à leur « pax romana ». Les barbares l’étaient
vraiment et de Gengis Khan à Tamerlan et Ivan le Terrible, les figures de monstres
abondent. Sans oublier la croisade des Albigeois (« tuez-les tous, Dieu
reconnaîtra les siens »), les guerres de religion (le massacre de la Saint-Barthélemy
reste dans les mémoires), la guerre de Trente Ans qui a décimé la population
allemande (réduite de moitié), l’invasion française de la Hollande, commandée
par Louis XIV, etc. Nos guerres se sont peut-être civilisées au xixe, enfin quand il s’agissait
des guerres intraeuropéennes, mais en matière d’horreurs coloniales, on ne sait
à qui délivrer la palme, peut-être au traitement que le roi des Belges a fait
subir au Congo, qui n’était pas une colonie belge, mais un domaine privé.
Michel Terestchenko, dans Un si fragile vernis d’humanité, un livre à
recommander chaudement, s’interroge sur les conduites de destructivité et
montre que ce n’est ni par abjection que l’on massacre ni par altruisme
que l’on s’y oppose…
jeudi 26 octobre 2023
La morale face à la guerre
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