dimanche 20 septembre 2026

Sur la flèche du temps

Comment concilier ou plutôt réconcilier nature et liberté ? En admettant d’abord l’apparition du nouveau, non pas d’un nouveau apparent qui ne nous paraît nouveau que parce que nous n’avions pas pu le prévoir faute de connaissances suffisantes, mais d’un nouveau vraiment nouveau, impossible à déduire des propriétés de l’état antérieur. Les êtres vivants sont des exemples typiques de cette nouveauté absolument nouvelle. La vie émerge, lentement d’abord, mais les propriétés des êtres vivants ne peuvent nullement être déduites des propriétés de leurs composants physiques (ou chimiques), bien que nul miracle ne se soit produit : on peut après coup expliquer comment cela a pu se faire.

mercredi 16 septembre 2026

Savoir et savoir-faire

« On n’a pas de pétrole, mais on a des idées ! » Ce slogan de l’ère giscardienne inaugure une nouvelle période tant idéologique que dans l’organisation des rapports sociaux. Nous sommes, dit-on, entrés dans l’économie de la connaissance ou de l’économie du savoir. On parle de la connaissance comme force de production directe. On avance des chiffres faramineux quant à la place de cette économie dans les PIB. Ce que l’on regroupe sous ce terme, ce sont toutes les activités qui manipulent de l’information, des data, faut-il dire pour être à la mode. Par la même occasion les savoir-faire, la technique dans son sens le plus ancien et le plus vénérable se trouvent, définitivement peut-être, renvoyés au rayon bricolage des supermarchés…

vendredi 11 septembre 2026

Réflexions sur le destin des révolutions politiques

Les révolutions politiques se terminent mal. Elles commencent dans l’enthousiasme, évitent rarement les bains de sang, et sont soit battues et réprimées violemment (comme la Commune de Paris), soit se transforment en dictatures qui finissent par faire exactement le contraire de ce qu’elles étaient censées faire. Je ne connais pas d’exception.

jeudi 13 août 2026

La parole humiliée : Jacques Ellul


Jacques Ellul (1912-1994) est à la fois un sociologue, un professeur d’histoire du droit et un théologien protestant. Il fait partie de ces penseurs qui se sont mis en partie à l’école de Marx tout en refusant toujours le marxisme considéré comme une idéologie. Sa position politique pourrait se qualifier comme « anarchisme chrétien ». Il puise dans le message du Christ une inspiration révolutionnaire opposée à toute domination et notamment à l’État. Ellul est surtout connu pour sa critique radicale de la technique. Pour lui la technique est l’essence même du monde moderne. C’est elle qui produit le capitalisme. Les thèses de Ellul sur la technique sont parfois contestables, mais toujours stimulantes. Il a également consacré de nombreux travaux à la propagande et au conditionnement des consciences qu’elle produit.

samedi 11 juillet 2026

Calculer n'est pas penser


Hobbes exprime brutalement un des thèmes fondamentaux de la modernité : « Penser, c’est calculer ». Nous disposons tous de la raison et donc de la capacité de raisonner, qui n’est rien d’autre qu’une sorte de calcul. En effet :

L’usage et la fin de la raison ne sont pas de trouver la somme ou la vérité de l’une ou de plusieurs conséquences éloignées des premières définitions et des significations établies des dénominations, mais de commencer à celles-ci, et de continuer [en allant] d’une conséquence à une autre. (Léviathan. V)

mardi 7 juillet 2026

Tirer le frein d’urgence

Le spectacle de la canicule occupe les médias, même quand la canicule est passée et qu’on est revenu aux « normales saisonnières ». Pourtant, on ne devrait pas réduire ces événements météorologiques à un spectacle de la société du spectacle. En elle-même, la canicule ne dit rien de l’évolution du climat. On en a connu d’autres ! En 1718-1719, en plein « petit âge glaciaire », la France a connu une sécheresse prolongée et des températures extrêmes, causant 700000 morts. On pourra encore évoquer l’été 1911. Mais on ne peut se contenter de dire « rien de nouveau sous le soleil ». Le réchauffement climatique est à peu près avéré, même s’il frappe différemment les différents continents. Les agriculteurs et les vignerons peuvent en témoigner : les dates des moissons et des vendanges ont été sérieusement avancées. On discutera pour savoir si ce réchauffement est exclusivement dû aux activités humaines (RCA ou réchauffement climatique anthropique) ou s’il faut invoquer des causes multifactorielles. Mais dans tous les cas, une question sérieuse s’impose à nous : comment faire face à cette situation nouvelle ? Il y a eu dans le passé d’importantes fluctuations climatiques bien connues : une période assez chaude autour de la naissance de Rome jusqu’à l’empire, puis un refroidissement à quoi on tend maintenant à imputer la chute de l’empire et les grandes invasions, puis la période chaude médiévale suivie du petit âge glaciaire et une remontée forte tout au long des deux derniers siècles. On peut admettre que les changements des paramètres orbitaux de notre Terre modifiant son insolation jouent un rôle. Mais il est assez risqué d’écarter les effets de l’activité humaine et notamment la production de CO2 alimentant l’effet de serre. Quoi qu’il en soit, la simple prudence devrait nous convaincre de limiter les émissions de GES, principalement le CO2 produit par la combustion de sources d’énergie fossiles (charbon, pétrole, gaz).

vendredi 3 juillet 2026

Sur un prétendu droit de disposer de son corps et de sa vie


Lors d’une discussion sur la loi autorisant l’euthanasie (pardon, « l’aide à mourir »), un partisan de cette loi m’opposait le principe « supérieur » suivant : « je suis pour le droit à disposer de SON corps et de SA vie POINT ».  Dans cette proposition, il y a de nombreux points discutables. Mon contradicteur croit énonce un principe supérieur, mais, dans cet énoncé, à peu près tout est faux.

jeudi 25 juin 2026

Nature et liberté

Que l’homme soit libre, par nature, n’est pas un fait démontrable « scientifiquement », ce n’en est pas moins un fait empirique. Les lapins construisent des terriers de lapin, les hommes habitent des cavernes, construisent des cabanes, construisent des maisons de pierre, des palais, des buildings gigantesques, et même, s’il le faut, des sortes de terriers de lapin dans les guerres de tranchées.

mardi 16 juin 2026

Du bon usage du libéralisme



S'il existe bien un libéralisme qui se conçoit comme la liberté absolue des puissants payée de la soumission de l’immense cohorte des pauvres,  un libéralisme à la Calliclès[1], il existe cependant un bon usage du libéralisme, un libéralisme dont les linéaments se trouvent chez Spinoza, Rousseau ou Hegel, par exemple. Pourquoi défendre le libéralisme, ou du moins un certain libéralisme, au risque d’être classé dans la catégorie des « sociaux libéraux », catégorie honnie dans les milieux radicaux ? Derrière cette question, il y a plusieurs oppositions qu’il convient d’éclairer.  La première, la plus fondamentale, consiste à savoir ce que peut signifier l’émancipation de l’humanité. La pensée de Marx est placée sous ce signe : les prolétaires sont les plus aptes à mener le combat contre le capital car ils n’ont à perdre que leurs chaînes.

Sur la flèche du temps

Comment concilier ou plutôt réconcilier nature et liberté ? En admettant d’abord l’apparition du nouveau, non pas d’un nouveau apparent qui ...