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Génocides et relativisme : la culture de la repentance et ses contradictions

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  La manie de l'autoflagellation des Occidentaux est très paradoxale: s'accusant de tous les crimes, ils en arrivent à justifier le pire. Ils oublient que si les Européens ont leur part dans les horreurs qui ponctuent l'histoire humaine, c'est aussi en Europe qu'est née la critique du colonialisme, de la domination et l'abolition de l'esclavage. Au nom des crimes (réels mais aussi supposés) des Européens, on finit par faire l'apologie des sociétés et des Etats esclavagistes ou génocidaires. A peine trois siècles de traite négrière européenne dont oublier dix siècles de traite arabo-musulmane. La colonisation française de l'Afrique du Nord au XIXe siècle fait oublier les invasions et la colonisation arabes, les invasions et la colonisation musulmane du VIIe siècle au XXe siècle... Ainsi au nom des "valeurs" qui sont les nôtres, on finit pas faire l'apologie de ceux qui ne les ont jamais reconnues et toujours combattues. Voilà pourquoi je

Mon corps m'appartient-il?

(Bonnes feuilles, extraites de La Force de la morale , par Denis Collin et Marie-Pierre Frondziak, éditions R&N, 2020) « Mon corps m’appartient ! » : ce fut le cri de guerre des mouvements pour la liberté de l’avortement et de la contraception dans les années 1970. C’est aussi la légitime revendication des femmes, non seulement contre les violeurs patentés, mais aussi contre les « gros lourds » ou les maris ou compagnons qui croient avoir des droits d’exiger l’accomplissement du triste « devoir conjugal ». Mais au-delà de cet usage défensif si utile, il n’est pas certain que la proposition « mon corps m’appartient », sans le point d’exclamation rageur, soit moralement acceptable. Le corps propre, ce qu’on désigne par « mon corps », est-il une chose qui puisse m’appartenir, comme ma maison ou mon chapeau et dont je puisse disposer à volonté ? Mais s’il n’est pas « ma » propriété, à qui appartient-il ? Le croyant répond qu’il appartient à Dieu, mais encore faut-il être croyant ! On p

Ce qui est le plus important chez Marx

En quoi Marx nous importe et doit être considéré comme l’un des grands philosophes de l’histoire de l’humanité ? Le plus important se trouve d’abord dans L’idéologie allemande  : les hommes produisent leur conditions matérielles d’existence et ainsi produisent leur vie sociale. L’être social des hommes se fonde ainsi dans le travail, comme activité productive de la vie humaine dans son ensemble. Ce primat du travail est transhistorique. Il vaut pour toutes les périodes historiques et nous n’avons pas de raison de croire qu’il pourrait en être autrement, sauf dans les rêveries des auteurs de science-fiction. Cette « centralité du travail » a des conséquences ontologiques et morales. En second lieu, Marx produit une « critique de l’économie politique » ou encore une « philosophie de l’économie », c’est-à-dire une analyse des processus par lesquels se forment les catégories de l’économie et, dans le même moment pourquoi cette sphère de l’économie finit – dans la société capitaliste –

Nouveau pas en avant dans la réification de l’être humain

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L’adoption en seconde lecture de la nouvelle « loi bioéthique », prévue avant l’été, est un événement important dont on doit s’efforcer de mesurer la portée avec toute la lucidité nécessaire. L’aspect le plus marquant de cette loi porte sur l’autorisation de la PMA pour toutes les femmes, c’est-à-dire que toutes les femmes mariées, en couple « hétérosexué », lesbiennes ou parfaitement célibataires peuvent avoir recours à la PMA. On voit la plus grande partie de la gauche se réjouir de ces nouvelles lois et seulement regretter que l’on n’aille pas assez loin. La « Libre Pensée » déplore le « lobbying » de l’Église catholique contre ces lois. L’exception devient loi. La PMA est déjà une très vieille histoire et a déjà soulevé de nombreuses contestations. Mais, finalement, elle a fini pas entrer dans la loi. Les diverses techniques qu’elle recoupe (insémination artificielle avec donneur anonyme, FIVETE, ICSI, etc.) ont été légalisées en France, avec toutefois des restrictions assez cl

Universalisme ?

  Face à l’offensive du racialisme et du différentialisme prônés par les groupes de la mouvance dite « décoloniale » ou « woke », on se contente bien souvent de revendiquer l’universalisme et la laïcité. C’est évidemment utile, mais finalement peu efficace. En effet, l’universel comme tel est une abstraction et l’universalité du genre humain n’existe effectivement que dans la particularité des diverses formes d’organisations sociales, familles, nations, groupes religieux, etc. L’invocation de l’universel semble de prime abord parfaitement légitime. Il y a une espèce humaine et une seule, et rien de justifierait que l’on puisse traiter les humains différemment suivant leur couleur de peau, leurs caractères ou leurs origines. De cette proposition on peut tirer que les hommes possèdent tous des droits du seul fait qu’ils sont hommes, que la liberté de conscience est un droit inviolable et qu’une démocratie laïque est le régime politique le plus apte à incarner ces droits de l’homme, et

La force de la morale (IV) Et on fait quoi de Kant?

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Il platforming del capitale

Vent'anni fa, Michel Houellebecq ha pubblicato Plateforme [ Piattaforma, Bompiani ed.] un romanzo che tratta dell'organizzazione globalizzata del turismo sessuale, in collaborazione con un grande gruppo alberghiero. Questo aspetto del processo di produzione del plusvalore, mentre certamente si è espanso notevolmente con internet, non è certamente il settore principale dell'accumulazione di capitale, ma la forma di relazioni sociali che implica è diventata abbastanza diffusa. Il modo di produzione capitalista oggi è largamente dominato dalle piattaforme che sono diventate i maggiori centri di accumulazione. Come i papponi alla moda nel romanzo di Houellebecq, le piattaforme che mettono in contatto acquirenti e venditori stanno incassando la parte del leone dei frutti di questo commercio. Si converrà che il mercato della prostituzione non è un mercato libero dove acquirenti e venditori si incontrano e contrattano liberamente. Lo stesso vale per la piattaforma. La prima idea

Nous sommes encore trop chrétiens. Réponse de Jean-Marie Nicolle

Ce texte est une réponse à mon papier sur Benedetto Croce Pour les Grecs comme pour les Romains, la religion est une affaire d’état, plus précisément de la Cité (la Polis ). Les dieux n’ont pas créé le monde ; comme les hommes, ils sont nés du monde. Il n’y a donc pas de transcendance. Ils sont puissants et immortels, et entretiennent des rapports de protection avec les cités. Chaque cité a son dieu « poliade ». Le culte n’est pas un engagement personnel d’un individu cherchant à assurer son salut, mais est une activité collective à laquelle chacun doit participer par devoir civique. La religion a donc principalement une fonction politique. Au contraire, le christianisme s’enracine dans la tradition biblique selon laquelle le monde a été créé et est orienté par un temps linéaire ; comme il a connu un commencement, il connaîtra une fin. Les événements sont dominés par une histoire orientée. A partir de l’alliance de Dieu avec les hommes, tout ce qui arrive peut être lu comme une étape

Pourquoi nous ne pouvons pas ne pas nous dire « chrétiens » (Croce)

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Benedetto Croce écrit en 1942 un bref essai sous ce titre : «  Perché non possiamo non dirci “cristiani”  ». Croce dit que cette dénomination est la simple vérité et que la considération de l’histoire est suffisante pour s’en persuader. Qui est ce « nous » dont parle Croce ? Croce lui-même ? Les Italiens ? Les Européens et leurs prolongements sur d’autres continents ? Il écrit à son amie, la poétesse Maria Curtopassi : « … J’ai continué, et presque terminé, ces jours-ci le Nouveau Testament. […] Je suis profondément convaincu et persuadé que la pensée et la civilisation modernes sont chrétiennes, la continuation de l’impulsion donnée par Jésus et Paul. J’ai rédigé à ce sujet une brève note, de nature historique, que je publierai dès que j’aurai l’espace disponible. Pour le reste, ne sentez-vous pas que, dans cette terrible guerre mondiale, ce qui s’oppose, c’est une conception encore chrétienne de la vie avec une autre qui pourrait remonter à l’âge pré-chrétien, voire pré-hellénique