mercredi 18 mars 2026

Heurs et malheurs de Nicolas, par Rodolphe Cart


J'ai eu l'occasion de dire tout le bien que je pense du livre de Rodolphe Cart consacré à  Mélenchon. Son dernier ouvrage qui part de l'analyse du "mouvement" "C'est Nicolas qui paie" a également rencontré mon intérêt. J'ai fait parvenir à l'auteur ce petit mot:

Cher Rodolphe Cart,

Votre essai sur le mouvement « Nicolas »(« c’est Nicolas qui paie ») m’a bien intéressé et je pourrais en partager de nombreuses pages, notamment toutes celles qui font le triste bilan du bradage de la France et insistent sur la nécessité d’un sursaut populaire et identitaire. Ce que vous dites sur la crise démographique est également à entendre – sachant que l’on ne saisit pas très bien les causes de ce refus des enfants  (« no kids ») qui ne sont pas économiques ou sociales, mais, sans doute, bien plus profondes que cela : il y a quelque chose à chercher du côté de l’inconscient de l’espèce et peut-être faudrait-il se replonger dans Freud, le Freud des dernières années.

Venons-en aux désaccords. Tout dire, moi j’en ai assez de payer pour Nicolas.J’ai payé les études de Nicolas (les boomers pour l’essentiel allaient au boulot à 14 ans et ne trainaient pas dans des études « supérieures » qui forment des ignorants en masse ) et je paye chaque jour les conséquences de l’explosion des bullshit jobs qui forment une énorme couche parasitaire… laquelle fait penser immanquablement à la bureaucratie soviétique : managers (hommes de ménage ?), coaches (cochers ?), contrôleurs de gestion, contrôleurs des contrôleurs de gestion, startupers gavés d’argent public, etc. A quoi sert cette bureaucratie capitaliste ? à faire rouler le capital fictif sur lequel repose notre système quand le taux de profit réalisé dans la production réelle s’effondre. La réalisation du modèle stalinien ?  L’UE !

Car il faut regarder les choses en face : c’est de la crise « systémique » du mode de production capitaliste dont il s’agit. Le mode de production capitaliste repose sur un principe, l’accumulation du capital (accumulez, accumulez, c’est la loi et les prophètes) mais l’accumulation infinie dans un monde fini est impossible. Il leur faut une bonne guerre ! Une vraie avec destruction massive de capitaux et d’humains pour repartir sur un bon pied. On n’échappe pas à Marx ! C’est aussi le mouvement spontané du capital qui détruit les frontières et pulvérise toutes les communautés humaines. Le capital n’a pas de patrie !

Les solutions capitalistes et social-démocrates sont condamnées et donc  la droite et la gauche doivent finir dans « les poubelles de l’histoire ». Il faut prendre les choses à la racine et rouvrir l’avenir. Mais moi je suis un peu vieux pour ça et je cherche des jeunes à qui repasser le témoin.

Cordialement,

Denis Collin


Souveraineté nationale et souveraineté populaire

 

Une lettre à Alain de Benoist à propos de son livre.

Cher Alain de Benoist,

Je viens de terminer votre livre, Souveraineté nationale et souveraineté populaire, que vous avez eu l’obligeance de me faire parvenir. J’ai beaucoup apprécié le travail conceptuel que vous menez sur la souveraineté et ses variations. Nous avons des accords et des désaccords. Comme j’ai tendance à confondre le peuple et la nation, évidemment j’ai aussi tendance à confondre souveraineté populaire et souveraineté nationale. Pour moi il n’y a de souveraineté nationale effective que si elle est la souveraineté populaire et il n’y a pas de souveraineté populaire sans souveraineté nationale. Des citoyens libres dans une république libre, pour reprendre ici la position défendue par Machiavel. Si on veut être maître chez soi, il faut évidemment ne pas être soumis à une puissance extérieure.

Je crois que vous critiquez trop sévèrement les souverainistes : personne ne rêve d’un État absolument souverain. Je suis « souverain » dans ma maison, mais ma souveraineté est limitée par celle des autres qui se plaindront si je fais du tapage nocturne ou si je passa la tondeuse à gazon de bonne heure le dimanche matin… Il est vrai qu’on ne doit pas confondre la souveraineté de l’État avec celle de la nation : l’État souverain a pour complément la servitude la nation et donc l’abaissement du peuple. Je crois que vous êtes au moins partiellement d’accord avec tout cela, mais je ne partage pas votre nostalgie pour l’empire austro-hongrois. Il a disparu parce qu’il était considéré comme une prison des peuples, en dépit de l’accord avec l’aristocratie hongroise. N’oublions pas que la souveraineté des nations a été la grande revendication du printemps des peuples européens de 1848. L’explosion des vieux empires est une conséquence de la dynamique du mode de production capitaliste. Comme vous, j’ai lu Otto Bauer avec le plus grand intérêt – la social-démocratie, c’est comme le reste, c’était mieux avant… Mais je crains que l’autonomie culturelle ne marche pas très bien.

 Une fois ces questions éclaircies, nous aurons de nombreux points de convergence. J’en note deux : la critique de la centralisation de l’État en France, une centralisation qui n’a fait que s’aggraver au moment où on s’est mis à parler de décentralisation. En vieux « clemenciste » je suis favorable à la suppression de cette institution napoléonienne qu’est la préfectorale. On devrait aussi développer toutes les formes de démocratie directe, qu’il s’agisse du référendum d’initiative populaire ou de la démocratie à l’athénienne que l’on pourrait pratiquer sans mal dans la plupart des communes françaises. Je suis aussi pour les « corps intermédiaires » et la Sécu devrait être gérée par les syndicats et « dénationalisée ». Et ansi de suite. Je m’étais expliqué sur toutes ces questions dans mon livre Revive la République (2005).

Je suis également favorable à une autre construction européenne et non au retour au bon vieux « concert des nations » (comme ont l’air de la souhaiter les souverainistes).  Une confédération de nations libres serait une bonne solution, avec des rapprochements plus ou moins serrés entre certaines nations. L’Europe des Six me semblait une perspective jouable, mais l’Europe fédérative à 36 est une aberration. Une telle Europe pourrait faire jouer le principe de subsidiarité, nonobstant ses origines papales… Une monnaie commune et des monnaies nationales, un libre-échange limité par le droit de véto de chaque membre… Michel Debré faisait remarquer qu’il y a plusieurs Europe en Europe et cela me semble juste. Bref l’inverse de ce qu’on fait aujourd’hui.

Pour le reste du monde, je n’en sais rien. Notre unité européenne a été construite par le christianisme et la vieille social-démocratie. Il n’y a rien de semblable en Asie, au Moyen-Orient ou en Amérique.

Je vois avec beaucoup de tristesse que la civilisation européenne se défait sous les coups de boutoir conjugué des États-Unis et de l’islam – Costanzo Preve a souligné la parenté profonde entre le protestantisme américain et l’islam. Peut-être notre civilisation va-t-elle mourir avant la fin du siècle. Mais je ne suis pas sûr que les remplaçants nous vaudront.

Bien amicalement,

Denis Collin


samedi 14 mars 2026

Adorno: terminologie philosophique

Un collègue a traduit la Terminologie philosophique de Theodor W. Adorno et la met à disposition du public le plus large sous forme de fichier numérique Epub. Qu'il en soit chalheureusement remercié.

On peut télécharger le fichier ici:

mercredi 4 mars 2026

Entre morale, droit et politique, une justice internationale est-elle possible ?

 Conférence prononcée devant l’association « Philopop » du Havre, 24 mai 2008)

Introduction : position du problème

(Une des questions les plus importantes soulevées au cours des dernières années a été celle-ci : à l’âge de la mondialisation, peut-on proposer une alternative globale qui puisse protéger les humains contre les effets dévastateurs d’un libéralisme sans règle autre que celle de la maximisation du profit ? Plusieurs réponses sont apportées à ce défi. Mais elles peuvent se ramener à deux :

1)      La mondialisation heureuse : la mondialisation est conçue comme un processus porteur d’espoir, porteur de la promesse d’un monde sans guerre et d’une croissance économique qui mettra un terme à la misère de masse dans les pays en voie de développement. Il suffit simplement de trouver à l’âge de la mondialisation, la « bonne gouvernance ».

jeudi 5 février 2026

Le communisme comme humanisme combattant

25 avril 2020 | Par Thomas Munzner | Un article publié sur le site italien de Comunismo e comunità

« […] chez Marx, l'idée du communisme se concrétise avant tout dans l'image d'une société où l'individu, libéré de l'aliénation, devient un homme complet, universel, c'est-à-dire capable de développer pleinement sa personnalité ».
 A. Schaff


Le communiste est un penseur militant, conscient que son action est pérenne : il n'existe pas de systèmes ou de régimes qui mettent fin à l'histoire et apaisent les esprits. L'intellectuel de formation marxiste fait de l'activité critique une action totale dans l'histoire.

mardi 3 février 2026

Contre le relativisme

Lors d’une récente conférence, un de mes contradicteurs affirma que la morale est purement individuelle, que chacun a la sienne et que les idées de respect de la personne et de dignité sont des fariboles, ajoutant qu’étant lui-même de tempérament plutôt libertaire, il ne pouvait donc souscrire à mon propos. J’aurais pu lui répondre qu’on croirait entendre un mauvais élève de Terminale, mais n’enseignant plus depuis un moment, la repartie ne m’est pas venue. Je remercie cependant ce contradicteur libertaire qui m’oblige à reprendre la question du relativisme, question d’autant plus importante que ce relativisme mine non seulement la vie intellectuelle, mais aussi la vie civique et les « bonnes mœurs » (au sens hégélien de la Sittlichkeit). Je me propose de réfuter tout relativisme en deux manches, contre le relativisme dans le domaine de la connaissance (relativisme gnoséologique) et contre le relativisme moral. La « belle » mettra aux prises l’universalisme et l’inégalité des sociétés humaines.

lundi 26 janvier 2026

Quelques leçons de notre histoire… si l’histoire peut donner des leçons

Il y a beaucoup de choses à dire de l’Ukraine. Beaucoup de choses déplaisantes, comme la corruption des classes dirigeantes, les usines à bébés, l’importance des groupes qui se réclament du nazisme ou de Bandera, auxquelles il faut ajouter les manipulations et les manigances de la bureaucratie et des gouvernements européistes. À quoi il faut encore ajouter l’instrumentalisation de la « cause ukrainienne » contre les nations d’Europe.

Il y aurait aussi beaucoup de mal à dire de Poutine qui ne risque pas, lui, d’avoir une commission anticorruption sur le dos. Sans oublier le fait que Poutine n’est peut-être, à certains égards, qu’un moindre mal comparé aux cinglés panslavistes qui le poussent aux fesses.

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dimanche 25 janvier 2026

L’humanisme aujourd’hui

 Exposé à l’Université populaire de la Roya (23/01/2026)


Propos liminaire : J’ai publié en début 2025 Devenir des machines contre la déshumanisation du monde, de la réification de l’humain. La tâche centrale disait T.W. Adorno : comprendre comment l’humanité entre au pas de charge dans l’inhumanité. Avec le travail que j’ai entrepris autour de la question de l’humanisme, j’espère montrer qu’il existe une issue positive.

vendredi 23 janvier 2026

Vérité et interprétation

Introduction : qu’est-ce qu’interpréter ?


La vérité objective suppose que l’on s’en tienne aux faits. Telle est la première règle non seulement pour toute recherche scientifique, mais pour toute affirmation sérieuse. Au contraire, selon Nietzsche : « il n’y a précisément pas de faits, mais que des interprétations » (Fragments posthumes / fin 1886 – printemps 1887).

Cette position nietzschéenne a été souvent comprise comme l’affirmation d’un relativisme ou d’un perspectivisme radical. Les faits ne se donnent jamais qu’à travers une interprétation : cela veut dire qu’il n’y a jamais de « fait brut ». Et comme l’interprétation est toujours personnelle, chacun a son interprétation et donc chacun a sa vérité, du moins la seule vérité que l’on puisse atteindre…

Heurs et malheurs de Nicolas, par Rodolphe Cart

J'ai eu l'occasion de dire tout le bien que je pense du livre de Rodolphe Cart consacré à  Mélenchon. Son dernier ouvrage qui part d...