dimanche 25 janvier 2026

L’humanisme aujourd’hui

 Exposé à l’Université populaire de la Roya (23/01/2026)


Propos liminaire : J’ai publié en début 2025 Devenir des machines contre la déshumanisation du monde, de la réification de l’humain. La tâche centrale disait T.W. Adorno : comprendre comment l’humanité entre au pas de charge dans l’inhumanité. Avec le travail que j’ai entrepris autour de la question de l’humanisme, j’espère montrer qu’il existe une issue positive.

      I.            Introduction

Humanisme ? qu’est-ce ? on en parle à l’école, la franc-maçonnerie se dit humaniste, des politiques se disent humanistes (Villepin et sa « France humaniste)…

On ramène souvent l’humanisme à la Renaissance : Érasme, Rabelais, celui qui enseigne que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »…

Définition du TLF (Trésor le la langue française) :

A.      Mouvement intellectuel se développant en Europe à la Renaissance et qui, renouant avec la civilisation gréco-latine, manifeste un vif appétit critique de savoir, visant l'épanouissement de l'homme rendu ainsi plus humain par la culture.

B.      Attitude philosophique qui tient l'homme pour la valeur suprême et revendique pour chaque homme la possibilité d'épanouir librement son humanité, ses facultés proprement humaines. 

La chose ancienne. Le mot date du 19e siècle … On pourrait évoque l’humanisme antique (stoïciens, Cicéron), renaissant (Giovanni Pico della Mirandola, 1464-1494), l’humanisme des Lumières… et même l’humanisme existentialiste (Sartre).

Mais je ne vais pas suivre cette approche historique.

   II.            Une autre approche

Je tiens l’humanisme pour le fondement de toute morale possible.

La morale n’est pas une construction intellectuelle : ancrée au plus profond des exigences de la vie :

·         Nous sommes des  êtres communautaires, nous vivons par les autres, avec les autres et aussi pour les autres. les autres sont la condition du développement et de l’affirmation de l’individu. En découle la stupidité des doctrines libérales (Nozick, Smith…) si on les prend au sérieux, c’est-à-dire comme autre chose qu’une expérience de pensée.

·         L’impératif que tout le monde connaît : l’humanité doit continuer ! On peut imaginer des scénarios catastrophe, mais chacun pense que l’humanité doit continuer, comme doivent pouvoir vivre ceux qui viennent après nous.

Ces deux principes qui ne dépendent d’aucun foi, mais sont évidents par eux-mêmes. Même non formulés, ils restent à l’arrière-plan de tout engagement, moral, politique, religieux.

III.            On en tirera un certain nombre de principes :

1.       La dignité humaine (Pico)

2.      L’épanouissement de l’homme

3.      L’amour de la culture

4.      La paix

5.      La liberté comme non-domination.

1)    La dignité

Texte fondateur de Pico : De la dignité de l’homme.

L’homme a de la valeur (et pas un prix) et cette valeur découle de sa liberté : il se choisit, choisit quel genre de vie il veut mener, n’est pas tenu par des déterminismes. Les vaches n’ont pas le choix d’être carnivores, l’homme si !.

Le respect de l’humanité en découle.

Kant formule ainsi son impératif catégorique :

«Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature.»  La loi morale est une loi que dicte ma raison et elle n’est pas plus optionnelle. Nous pouvons ne pas lui obéir (je suis gourmand, j’aime des cerises et je mange celles du voisin), mais nous savons que nous faisons mal en ne lui obéissant pas. C’est la voix de la conscience dont parlent Rousseau et Kant.

La dernière formulation de cet impératif selon Kant est : «Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.»

Cette formulation est souvent présentée comme celle du devoir méritoire, qui va au-delà du devoir strict. Ce serait une sorte de «sur-devoir», réservé aux saints. Mais, en réalité, c’est précisément parce que l’humanité en chaque homme est une fin en soi que nous devons obéir à la loi morale et toujours agir comme si nous voulions que la maxime de notre action vaille comme loi universelle..

Si je ne devais pas considérer en chacun l’humanité comme une fin en soi et non simplement comme un moyen, alors je n’aurais aucune espèce de raison de vouloir que la maxime de mon action puisse valoir comme une loi universelle! L’esclavage serait admissible, comme toutes les formes d’assujettissement des humains.

On dégage de tout cela :

1)      La fin suprême est l’humanité !

2)      Universalisme radical, contre les racismes de droite et de gauche,  ce qui vaut, c’est l’homme en tant que tel.

3)      Nous pouvons tous suivre ces principes que nous connaissons en vérité

La dignité de l’homme nous engage ! Sartre le dit : je suis responsable de l’humanité ! C’est le corollaire de la liberté.

2)    L’épanouissement de l’homme

L’humanisme ne dicte pas que des interdits.

Il est l’affirmation d’un but : réaliser l’humanité. L’humanité peut devenir meilleure. Marx le dit aussi : le communisme a pour but « l’épanouissement de la puissance humaine qui est sa propre fin, le véritable règne de la liberté ».

Les sociétés de classe produisent des vies mutilées, thème marxien de l’aliénation, c’est-à-dire que l’homme se perd lui-même et les résultats de son activité se dressent face lui comme ses ennemis. Il y a une double aliénation qu’il faut supprimer :

·         Aliénation de la nature (la nature corps non organique de l’homme, dit encore Marx). Il s’agit donc de renouer avec la nature : reconstruire le métabolisme de l’homme et de la nature.

·         Aliénation du travail : il s’agit de reprendre la maîtrise de sa propre activité,  faire du travail réellement le premier besoin de l’homme.

Dans la société actuelle, l’homme est soumis à la domination aveugle des échanges : la société de consommation, celle où l’on doit échanger son être contre l’avoir L’humanisme réel, c’est le communisme de Marx, qui, évidemment n’a aucun rapport avec ce qui est existé sous ce nom au 20e siècle.

3)    L’amour de la culture

L’homme inscrit sa nature spirituelle dans la nature physique, c’est la culture.

En suivant André Leroi-Gourhan, on peut distingue les trois stades de l’histoire humaine : hominisation (transformation biologique), anthropisation (maîtrise technique du rapport à la nature), symbolisation (langage articulé, art, culture en général). L’humanisme suppose le respect de la culture et notamment de la culture du passé. La culture grecque et romaine est la nôtre. C’est aussi un exercice d’altérité : les Romains anciens sont si proches et si différents de nous !

L’instruction, c’est l’accès aux humanités.

4)    La paix

En toutes circonstances rechercher la paix. L’idéal humaniste est un idéal pacifiste.

La paix dans la communauté politique qui implique la justice. La paix entre nations, qui manifeste la nécessité de la reconnaissance de notre communauté humanité.

Kant imagine la paix perpétuelle comme expression de cette communauté universelle des humains sur Terre. Il établit les clauses d’une telle paix :

-          Constitution républicaine des États, car les peuples sont moins guerriers que les puissants.

-          Non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États tant qu’ils ne mettent pas en cause la liberté des autres.

-          Droit cosmopolitique, qui est la reconnaissance de l’universelle hospitalité.

Le projet de Kant est celui d’une société des nations s’engageant à la paix perpétuelle. C’est une « utopie réaliste ».

·         Utopie quand on voit l’état du monde

·         Réaliste parce qu’elle ne nous demande rien d’extraordinaire, sinon suivre notre raison, notre bon sens.

5)    La liberté comme non-domination.

La liberté définit de la nature humaine. Mais il y a diverses manières de concevoir la liberté : Libre choix, liberté de la volonté, etc.. Mais se heurtent toutes à des contradictions (exemple : je ne suis pas libre quand j’obéis et donc si j’obéis à la loi, je ne suis pas libre).

La définition politique minimale est celle de la liberté comme non-domination :

-          Si je subis des contraintes, celles-ci doivent avoir pour but mon propre bien (ex : je suis le code de la route !)

-          La liberté comme est l’obéissance à la loi qu’on s’est soi-même prescrite (démocratie politique et sociale).

-          La liberté par la loi (exemple obligation scolaire…) : les lois ont pour fonction de protéger les individus sont la domination.

C’est ce qui est contenu dans la conception politique républicaniste.

IV.            Conclusion

L’humanisme n’est pas une philosophie achevée, mais une ligne de travail et d’action. Un peu désespérée, peut-être. Mais on peut garder espoir en des temps meilleurs. Face aux catastrophes, les hommes retrouvent le plus souvent le sens de la solidarité. Ils font la chaîne pour éteindre l’incendie. Gageons qu’il en sera de même dans les temps à venir.

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