dimanche 20 septembre 2026
Sur la flèche du temps
mercredi 16 septembre 2026
Savoir et savoir-faire
« On n’a pas de pétrole, mais on a des idées ! » Ce slogan de l’ère giscardienne inaugure une nouvelle période tant idéologique que dans l’organisation des rapports sociaux. Nous sommes, dit-on, entrés dans l’économie de la connaissance ou de l’économie du savoir. On parle de la connaissance comme force de production directe. On avance des chiffres faramineux quant à la place de cette économie dans les PIB. Ce que l’on regroupe sous ce terme, ce sont toutes les activités qui manipulent de l’information, des data, faut-il dire pour être à la mode. Par la même occasion les savoir-faire, la technique dans son sens le plus ancien et le plus vénérable se trouvent, définitivement peut-être, renvoyés au rayon bricolage des supermarchés…
vendredi 11 septembre 2026
Réflexions sur le destin des révolutions politiques
Les révolutions politiques se terminent mal. Elles commencent dans l’enthousiasme, évitent rarement les bains de sang, et sont soit battues et réprimées violemment (comme la Commune de Paris), soit se transforment en dictatures qui finissent par faire exactement le contraire de ce qu’elles étaient censées faire. Je ne connais pas d’exception.
Il y a peut-être une raison à chercher à tout cela : ces révolutions n’ont pratiquement jamais le soutien de la majorité du peuple. Des minorités actives, des rassemblements d’audacieux, des esprits moins soumis, mais la majorité, jamais. Même la Révolution française perdit très vite une partie de ses soutiens et se termina avec Bonaparte, après la loi Le Chapelier contre les ouvriers et l’écrasement des paysans rétifs, les chouans. La Commune de Paris ne fut que parisienne et périt. En 1917, l’assemblée constituante donna la majorité aux mencheviks et surtout aux socialistes révolutionnaires, les populistes qui portaient bien leur nom. Sans doute Castro avait-il raison de renverser Battista, mais il se refusa à convoquer une constituante et permettre au peuple de s’exprimer : des meetings de braillards et de gars en armes furent la seule forme de démocratie. La révolution algérienne ne fut pas une révolution, mais une insurrection armée minoritaire qui fut battue militairement par la puissance coloniale, mais avait écrasé dans le sang tous ses opposants avant même que la France n’octroie au FLN le pouvoir qui lui permit de devenir en quelques années une véritable cleptocratie. On peut faire la liste des révolutions et des insurrections nationales… partout les mêmes processus se répètent.
Les transformations profondes sont celles qui changent les rapports sociaux et les mentalités. C’est pourquoi la seule voie possible pour le changement social est la démocratie politique et donc le suffrage qui s’appuie sur les changements dans les profondeurs de la société. Les partis « révolutionnaires » sont inutiles, voire franchement nuisibles. Seuls peuvent être utiles les partis démocratiques grâce auxquel les peuples peuvent exprimer leur volonté et agir avec réflexion.
Les révolutions ne servent qu’à remplacer la minorité gouvernante par une autre minorité, les exploiteurs en place par d’autres exploiteurs. Les peuples savent bien que les révolutions sont des catastrophes et c’est pourquoi ils cherchent au maximum à les éviter. Pour qu’ils aillent « chercher le boulanger, la boulangère et le petit mitron », il faut qu’il n’y ait plus rien à manger.
Évidemment, la majorité des gens ordinaires n’est pas souvent conforme aux attentes des esprits forts qui savent ce qu’il faut faire et qui veulent construire la société selon leurs schémas. Cela peut paraître désespérant. Mais c’est simplement parce que chacun veut toujours conformer les autres selon sa propre complexion, et ce d’autant plus que l’on se croit instruit et détenteur du vrai Bien.
On connaît toutes les dérives possibles de la démocratie, combien elle peut devenir tyrannique. Mais nous avons appris que c’est « le pire des systèmes à l’exception de tous les autres ». La démocratie est un pouvoir et comme tout pouvoir, elle doit avoir un contre-pouvoir, un droit de contestabilité garantie. Cette démocratie dans laquelle chacun est protégé contre toute domination y compris la tyrannie de la majorité s’appelle « république », au sens où elle est pensée dans la tradition républicaniste.
Et ici, je n’ai parlé que des révolutions révolutionnaires, pas des guignolades nommées « révolution citoyenne », une expression dépourvue de sens qui se terminera, si d’aventure ses défenseurs prennent le pouvoir, en embrassades à Bruxelles. Je suis déjà vieux et je vais essayer de ne pas mourir gâteux, en me racontant des salades. Nous avons été la queue de comète d’un XXe siècle tourmenté, d’un siècle de guerres, de désagrégation des vieux empires, d’espérances vaines et de tyrannies et qui pourrait bien déboucher sur un autre assez semblable, mais cette fois dégagé de tout fatras idéologique. Déjà nos cadres de pensée anciens ne permettaient pas de penser vraiment le monde ancien. Autant dire qu’ils sont totalement inefficaces et sources de nostalgie mal placée si on les conserve aujourd’hui.
Peut-être l’idéal de liberté et de démocratie est-il à jamais une utopie. Les hommes luttent pour leur liberté, mais la tâche est toujours à recommencer. Probablement faut-il admettre avec Rousseau que la démocratie est un gouvernement fait pour les dieux et non pour les hommes. Dans ce dernier cas, il ne resterait que deux solutions : soit choisir la politique pour devenir un dominant, prendre le pouvoir, et pour cela accepter d’être menteur, fourbe, prêt à tout et même au pire, soit mener une vie honnête en se tenant aussi éloigné que possible de la politique. Évoquant les moyens auxquels les politiques ont recours, Machiavel écrivait : « Ce sont là des moyens très cruels et contraires à toutes les règles de vie, non seulement chrétiennes, mais humaines ; tout homme doit les fuir et préférer la condition de simple particulier à celle de roi, au prix de la destruction de tant d’hommes. Néanmoins, quiconque a écarté la voie du bien, doit suivre celle du mal pour se maintenir. Mais la plupart des hommes choisissent certaines voies moyennes qui sont les pires de toutes, parce qu’ils ne savent pas être ni tout à fait bons, ni tout à fait méchants... » (Discorsi, I)
À méditer.
Le 11 septembre 2026
jeudi 13 août 2026
La parole humiliée : Jacques Ellul
Jacques Ellul (1912-1994) est à la fois un sociologue, un professeur d’histoire du droit et un théologien protestant. Il fait partie de ces penseurs qui se sont mis en partie à l’école de Marx tout en refusant toujours le marxisme considéré comme une idéologie. Sa position politique pourrait se qualifier comme « anarchisme chrétien ». Il puise dans le message du Christ une inspiration révolutionnaire opposée à toute domination et notamment à l’État. Ellul est surtout connu pour sa critique radicale de la technique. Pour lui la technique est l’essence même du monde moderne. C’est elle qui produit le capitalisme. Les thèses de Ellul sur la technique sont parfois contestables, mais toujours stimulantes. Il a également consacré de nombreux travaux à la propagande et au conditionnement des consciences qu’elle produit.
samedi 11 juillet 2026
Calculer n'est pas penser
Hobbes exprime brutalement un des thèmes fondamentaux de la modernité : « Penser, c’est calculer ». Nous disposons tous de la raison et donc de la capacité de raisonner, qui n’est rien d’autre qu’une sorte de calcul. En effet :
L’usage et la fin de la raison ne sont pas de trouver la somme ou la vérité de l’une ou de plusieurs conséquences éloignées des premières définitions et des significations établies des dénominations, mais de commencer à celles-ci, et de continuer [en allant] d’une conséquence à une autre. (Léviathan. V)
mardi 7 juillet 2026
Tirer le frein d’urgence
vendredi 3 juillet 2026
Sur un prétendu droit de disposer de son corps et de sa vie
Lors d’une discussion sur la loi autorisant l’euthanasie (pardon, « l’aide à mourir »), un partisan de cette loi m’opposait le principe « supérieur » suivant : « je suis pour le droit à disposer de SON corps et de SA vie POINT ». Dans cette proposition, il y a de nombreux points discutables. Mon contradicteur croit énonce un principe supérieur, mais, dans cet énoncé, à peu près tout est faux.
jeudi 25 juin 2026
Nature et liberté
mardi 16 juin 2026
Du bon usage du libéralisme
S'il existe bien un libéralisme qui se conçoit comme la liberté absolue des puissants payée de la soumission de l’immense cohorte des pauvres, un libéralisme à la Calliclès[1], il existe cependant un bon usage du libéralisme, un libéralisme dont les linéaments se trouvent chez Spinoza, Rousseau ou Hegel, par exemple. Pourquoi défendre le libéralisme, ou du moins un certain libéralisme, au risque d’être classé dans la catégorie des « sociaux libéraux », catégorie honnie dans les milieux radicaux ? Derrière cette question, il y a plusieurs oppositions qu’il convient d’éclairer. La première, la plus fondamentale, consiste à savoir ce que peut signifier l’émancipation de l’humanité. La pensée de Marx est placée sous ce signe : les prolétaires sont les plus aptes à mener le combat contre le capital car ils n’ont à perdre que leurs chaînes.
jeudi 4 juin 2026
mercredi 6 mai 2026
mardi 5 mai 2026
Sur la philosophie de Gustavo Bueno - Un article de Carlos X. Bianco
Carlos X.
Blanco
La philosophie du professeur riojan défunt, don Gustavo Bueno Martínez (1924-2016), est extrêmement complexe. Elle est dotée d’un langage technique propre, souvent autoréférentiel, que seul le disciple dévot et persévérant finit par maîtriser pleinement. Quoi qu’il en soit, le lecteur non spécialisé en philosophie — et plus encore tout lecteur non adepte de son système prétendu — peut saisir les aspects les plus significatifs de son œuvre.
mardi 14 avril 2026
Nihilisme, disent-ils…
mardi 24 mars 2026
Le problème du relativisme moral (cours)
1 Position du problème
Y a-t-il des règles morales qui peuvent valoir universellement ? Voilà une question qui ne se posaient guère dans les siècles antérieurs au nôtre. À la fois
Ø
parce que chacun était persuadé de détenir la
seule vraie conception de la morale humaine – découlant essentiellement de la
religion –
Ø et parce que, en même temps, la diversité des sociétés humaines semblait irréductible.
mercredi 18 mars 2026
Heurs et malheurs de Nicolas, par Rodolphe Cart
J'ai eu l'occasion de dire tout le bien que je pense du livre de Rodolphe Cart consacré à Mélenchon. Son dernier ouvrage qui part de l'analyse du "mouvement" "C'est Nicolas qui paie" a également rencontré mon intérêt. J'ai fait parvenir à l'auteur ce petit mot:
Souveraineté nationale et souveraineté populaire
Une lettre à Alain de Benoist à propos de son livre.
Cher Alain de Benoist,
Je viens de terminer votre livre, Souveraineté nationale et souveraineté populaire, que vous avez eu l’obligeance de me faire parvenir. J’ai beaucoup apprécié le travail conceptuel que vous menez sur la souveraineté et ses variations. Nous avons des accords et des désaccords. Comme j’ai tendance à confondre le peuple et la nation, évidemment j’ai aussi tendance à confondre souveraineté populaire et souveraineté nationale. Pour moi il n’y a de souveraineté nationale effective que si elle est la souveraineté populaire et il n’y a pas de souveraineté populaire sans souveraineté nationale. Des citoyens libres dans une république libre, pour reprendre ici la position défendue par Machiavel. Si on veut être maître chez soi, il faut évidemment ne pas être soumis à une puissance extérieure.
samedi 14 mars 2026
Adorno: terminologie philosophique
mercredi 4 mars 2026
Entre morale, droit et politique, une justice internationale est-elle possible ?
Conférence prononcée devant l’association « Philopop » du Havre, 24 mai 2008)
Introduction : position du problème
(Une des questions les plus importantes soulevées au cours des dernières années a été celle-ci : à l’âge de la mondialisation, peut-on proposer une alternative globale qui puisse protéger les humains contre les effets dévastateurs d’un libéralisme sans règle autre que celle de la maximisation du profit ? Plusieurs réponses sont apportées à ce défi. Mais elles peuvent se ramener à deux :
1) La mondialisation heureuse : la mondialisation est conçue comme un processus porteur d’espoir, porteur de la promesse d’un monde sans guerre et d’une croissance économique qui mettra un terme à la misère de masse dans les pays en voie de développement. Il suffit simplement de trouver à l’âge de la mondialisation, la « bonne gouvernance ».
samedi 28 février 2026
jeudi 5 février 2026
Le communisme comme humanisme combattant
25 avril 2020 | Par Thomas Munzner | Un article publié sur le site italien de Comunismo e comunità
« […] chez Marx, l'idée du
communisme se concrétise avant tout dans l'image d'une société où l'individu,
libéré de l'aliénation, devient un homme complet, universel, c'est-à-dire
capable de développer pleinement sa personnalité ».
A. Schaff
Le communiste est un penseur militant, conscient que son action est pérenne : il n'existe pas de systèmes ou de régimes qui mettent fin à l'histoire et apaisent les esprits. L'intellectuel de formation marxiste fait de l'activité critique une action totale dans l'histoire.
mardi 3 février 2026
Contre le relativisme
lundi 26 janvier 2026
Quelques leçons de notre histoire… si l’histoire peut donner des leçons
Il y a beaucoup de choses à dire de l’Ukraine. Beaucoup de choses déplaisantes, comme la corruption des classes dirigeantes, les usines à bébés, l’importance des groupes qui se réclament du nazisme ou de Bandera, auxquelles il faut ajouter les manipulations et les manigances de la bureaucratie et des gouvernements européistes. À quoi il faut encore ajouter l’instrumentalisation de la « cause ukrainienne » contre les nations d’Europe.
Il y aurait aussi beaucoup de mal à dire de Poutine qui ne risque pas, lui, d’avoir une commission anticorruption sur le dos. Sans oublier le fait que Poutine n’est peut-être, à certains égards, qu’un moindre mal comparé aux cinglés panslavistes qui le poussent aux fesses.
dimanche 25 janvier 2026
L’humanisme aujourd’hui
Exposé à l’Université populaire de la Roya (23/01/2026)
Propos liminaire : J’ai publié en début 2025 Devenir des machines contre la déshumanisation du monde, de la réification de l’humain. La tâche centrale disait T.W. Adorno : comprendre comment l’humanité entre au pas de charge dans l’inhumanité. Avec le travail que j’ai entrepris autour de la question de l’humanisme, j’espère montrer qu’il existe une issue positive.
vendredi 23 janvier 2026
Vérité et interprétation
Introduction : qu’est-ce qu’interpréter ?
La vérité objective suppose que l’on s’en tienne aux faits. Telle est la première règle non seulement pour toute recherche scientifique, mais pour toute affirmation sérieuse. Au contraire, selon Nietzsche : « il n’y a précisément pas de faits, mais que des interprétations » (Fragments posthumes / fin 1886 – printemps 1887).
Cette position nietzschéenne a été souvent comprise comme l’affirmation d’un relativisme ou d’un perspectivisme radical. Les faits ne se donnent jamais qu’à travers une interprétation : cela veut dire qu’il n’y a jamais de « fait brut ». Et comme l’interprétation est toujours personnelle, chacun a son interprétation et donc chacun a sa vérité, du moins la seule vérité que l’on puisse atteindre…
lundi 19 janvier 2026
J’écris ton nom : liberté !
jeudi 8 janvier 2026
Aux sources de la république laïque
L’école du peuple entre ordre et révolution.
Par Christophe Miqueu, éditions « Le bord de l’eau », septembre 2025.
Christophe Miqueu enseigne la philosophie à l’INSPE de Bordeaux et la laïcité est tout naturellement au cœur de ses réflexions. Il nous livre avec son dernier ouvrage les fruits d’une réflexion menée depuis longtemps maintenant. Sa réflexion sur la laïcité est insérée dans un travail plus général sur le républicanisme, travail dont sa thèse de doctorat, Spinoza, Locke et l’idée de citoyenneté : Une génération républicaine à l’aube des Lumières (Classiques Garnier, 2012) fournit quelques solides fondements. Il a participé ou dirigé de nombreux ouvrages collectifs qui tournent autour des mêmes questions. Son petit « guide graphique », Comprendre la laïcité (Max Milo) jetait l’esquisse de l’ouvrage actuel. Christophe Miqueu est aussi un politique pratique. Maire (DVG) de Sauveterre en Guyenne, il a aussi été un compagnon de « La Sociale ».
samedi 3 janvier 2026
Les stades de la conscience morale selon Lawrence Kohlbert
Voici un résumé de la théorie des stades de la conscience morale, telle que la conçoit Lawrence Kohlberg – un des spécialistes de la psychologie génétique avec Jean Piaget.
Sur la flèche du temps
Comment concilier ou plutôt réconcilier nature et liberté ? En admettant d’abord l’apparition du nouveau, non pas d’un nouveau apparent qui ...
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Les personnages du Gorgias On s’accorde pour dater de 380/379 la composition du Gorgias . Gorgias à Athènes (en tant qu’ambassadeur de s...
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Ce dialogue (dont l’authenticité a été parfois contestée) passe pour être une véritable introduction à la philosophie de Platon. Il est sou...
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Cher Rodolphe Cart, J’ai lu avec un intérêt soutenu votre livre consacré à Mélenchon, le bruit et la fureur. Portraits d’un révolutionnair...














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