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Jean-Paul Sartre |
dimanche 25 février 2018
Est-ce par le corps que je peux connaître autrui ?
mardi 13 février 2018
Le totalitarisme est-il un concept pertinent ?
C’est à Hannah Arendt que l’on doit l’élaboration la plus
complète du concept de totalitarisme. Mais il serait erroné de réduire ce
concept à sa formulation arendtienne. Mais on peut commencer par rappeler la
généalogie du concept :
-
En 1923, Giovanni Amendola, un libéral italien
définit comme « totalitaire » le régime fasciste. Il est vrai que le
mot d’ordre de Mussolini était « tout dans l’État, rien en dehors de
l’État, rien contre l’État », formule choc qui conduit Amendola a définir
le projet mussolinien comme celui d’un « État-Léviathan », par une
référence très discutable à Hobbes.
-
En 1925, Mussolini revendique une « feroce volontà totalitaria » pour
définir son entreprise.
-
En 1931, Carl Schmitt, théoricien de la
« révolution conservatrice » parle du « totale Staat », l’État total.
-
En 1931-1932, Ernst Jünger (notamment dans son
livre Der Arbeiter) développe le
concept de « mobilisation totale ».
-
En 1934, c’est Marcuse et Paul Tillich qui usent
du terme « totalitarisme ».
-
En 1936, le mot apparaît en France sous la plume
de Jacques Maritain et Emmanuel Mounier.
-
Avec les procès de Moscou, commence à circuler
dans l’opposition trotskiste le terme de « totalitarisme » pour
définir le système stalinien.
-
En 1939, le pacte germano-soviétique précipite
le débat et on essaiera de plus en plus de mettre dans la même catégorie
conceptuelle l’URSS, l’Allemagne Nazie et le fascisme italien. L’Italien Bruno
Rizzi développera même une théorie de la bureaucratisation du monde qui englobe
le « new deal » dans ce processus général. On revient un peu plus
loin sur la discussion dans le mouvement trotskiste.
-
Le concept s’éclipse pendant la guerre contre le
nazisme mais reprend toute sa vigueur avec la guerre froide et la publication
du livre de Hannah Arendt.
Mais le concept de totalitarisme reste assez flou. L’État
totalitaire est-il une des formes paroxystiques de l’État moderne, le Léviathan hobbesien, pour reprendre
Amendola ? Ou, au contraire, est-il le signe de quelque chose de
radicalement nouveau, une organisation fondamentalement
« antipolitique » ? On retrouverait ici Hannah Arendt qui ne parle pas d’État totalitaire mais de
système totalitaire. La nuance n’est pas mince et ouvre une discussion dont
l’enjeu est capital : l’État totalitaire est-il un État au sens propre du
terme et alors son existence pose un problème grave visant l’idée même de
l’État en général ; ou, au contraire, l’État totalitaire est-il une forme
pratiquement inédite de domination des hommes, une forme qui se développerait
sur la décomposition interne des États ? Si on adopte la première
hypothèse, alors se pose la question de la nature même de l’État. Certains
auteurs, comme le juriste du régime nazi Carl Schmitt soutiennent que le
pouvoir étatique est celui qui décide de la situation d’exception, et alors l’État
nazi n’est qu’une forme tout à fait légitime de ce pouvoir souverain. S’appuyant
sur une interprétation (« délirante » dit Léo Strauss) de Hobbes,
Schmitt soutient la légitimité absolue des lois de Nuremberg de 1935. Pour les
anti-étatistes libertariens ou anarchistes, l’État totalitaire apparaîtrait
ainsi comme le révélateur de ce qu’est potentiellement tout État – ce qui
explique sans doute la fascination exercée par Schmitt sur de nombreux auteurs
classés à l’extrême-gauche (Chantal Mouffe, Étienne Balibar, etc.) : leurs
jugements sur l’État sont à l’opposé de ceux de Schmitt mais ils partagent avec
lui une problématique commune. Si l’on adopte la deuxième position, celle
défendue par Hannah Arendt, alors le système totalitaire ne serait pas à
proprement parler un État, mais au contraire une forme nouvelle de domination
née sur les décombres de l’État-nation tel qu’il s’est constitué en Europe
entre la Renaissance et le XXe siècle. Si cette deuxième hypothèse
est la bonne, alors il faudra en tirer les conclusions, à savoir que les thèses
anti-étatistes ne sont pas des remèdes contre le totalitarisme, mais bien
plutôt des ingrédients de ce système.
1)
Critique de la théorie du totalitarisme
L’ampleur de l’œuvre de Hannah Arendt ne saurait être
sous-estimée et, avec l’acuité d’esprit qui est la sienne, elle met en évidence
des traits des régimes totalitaires qui vont souvent à l’encontre des idées
communes – par exemple sur les rapports d’opposition entre États-nations et
systèmes totalitaires. Il faut cependant souligner les limites de ses analyses.
Elle-même reconnait que le mot ne s’applique stricto sensu qu’à deux régimes, l’URSS et l’Allemagne nazie.
(1)
On remarquera que l’analyse de Hannah Arendt devrait
conduire à distinguer clairement le nazisme des autres formes de fascisme – ce
qu’elle ne fait pas et manque ainsi la dimension propre du fascisme. Le mot de
« totalitarisme » vient certainement du mot d’ordre énoncé par
Mussolini, « Tout dans l’État, rien en dehors de l’État, rien contre
l’État ». Mais le fascisme italien se distingue nettement du nazisme. Tout d’abord le racisme n’y joue qu’un rôle
annexe et il est d’abord un « produit d’importation » qui ne se
développera qu’après la signature du pacte entre Hitler et Mussolini. Ensuite,
aussi importante qu’elle soit, la terreur n’y a jamais atteint l’ampleur de
celle du nazisme, et le contrôle sur la société resta relativement lâche par
comparaison à l’Allemagne. On pourrait penser qu’il n’y a qu’une différence de
degré, mais ce n’est pas le cas. La dictature fasciste ne s’est jamais
transformée en système totalitaire, sauf peut-être dans l’ultime refuge du
fascisme qu’a été la « république de Salo », établie par les nazis
entre 1943 et 1945 sur les territoires contrôlés par la Wehrmacht. En suivant
les critères définis par Hannah Arendt, on peut encore moins qualifier de
fascistes les régimes de Salazar au Portugal et de Franco en Espagne. Ce n’est
évidemment pas que ces régimes fussent des régimes moins dangereux et
finalement plus « fréquentables ». Il s’agit seulement de définir des
concepts précis et de ne pas se contenter de l’indignation morale.
Concernant la place de l’État d’ailleurs, il y a presque
une opposition radicale entre nazisme et fascisme. Le nazisme ne considère par
l’État comme la fin mais seulement comme un moyen de la domination absolue de
la « race des seigneurs », du Volk.
Au contraire, pour le fascisme, c’est l’État qui est la seule incarnation
adéquate de l’esprit du peuple. Sans doute, on peut y voir une trace du
hégélianisme qu’on retrouve chez Gentile et qui a séduit (pas longtemps) Croce.
(2)
Il faut cependant remarquer que tous ces régimes fascistes
et nazis ont des points communs qui les distinguent clairement de l’URSS. S’ils
sont interventionnistes sur le plan économique, à des degrés divers (le premier
ministre de l’économie d’Hitler, Schacht, était un fervent keynésien),
cependant, ils défendent tous la propriété
privée capitaliste. Les grands groupes allemands ou italiens ont financé
les partis nazis et fascistes et ont été payés de retour. Il me semble que ce
n’est pas une question secondaire ! Au contraire le régime soviétique a
été d’un certain point de vue le gardien farouche de la propriété étatique
héritée de la révolution d’octobre. Il l’a même poussée bien au-delà de que les
bolcheviks avaient pu imaginer en 1917 et de ce que Lénine avait imposé en 1921
avec la NEP. Cette affaire est au centre de la controverse qui oppose en
1939-1940 Burnham et Shachtman d’un côté, Trotski de l’autre. Cependant, si
Trotski se refusait à caractériser l’URSS comme un capitalisme d’État, il
définissait le régime politique comme « régime totalitaire » (voir Défense du marxisme, 1939). Pour lui ce
caractère totalitaire du régime politique était d’autant important que les
pouvoirs et privilèges de la caste bureaucratique reposaient sur l’exploitation
à son propre profit des « conquêtes d’Octobre », c’est-à-dire de ce que
la révolution avait imposé. Le problème n’est pas de savoir si Trotski avait
raison ou s’il agissait d’une discussion sur le sexe des anges. Mais il y a
bien un enjeu : peut-on définir un régime politique sans prendre en compte
les formes de propriétés qu’il défend ? Ici, l’expérience historique
montre que cela a une certaine importance. La décomposition du
« totalitarisme stalinien » va de pair avec les revendications d’une
partie de la caste bureaucratique pour en finir avec la propriété « socialiste ».
Dès la mort de Staline, l’affaire est réglée. Certains hiérarques, comme Beria,
cherchent une réintégration de l’URSS dans le système capitaliste mondial.
Beria a été liquidé parce que la caste dirigeante ne se sentait pas prête à se
sacrifier sur l’autel de la restauration immédiate du capitalisme. Mais les
tendances contradictoires ont continué d’agir souterrainement jusqu’à
l’entreprise de Gorbatchev avec les soubresauts qui ont conduit à la
liquidation de l’URSS. Et on peut dire qu’à bien des égards Poutine et ses amis
hiérarques sont bien les héritiers légitimes de la vieille caste dirigeante …
bien que le régime de Poutine soit certainement l’un des moins autoritaires de
ceux que la Russie a pu connaître !
(3)
Dans Les origines du
totalitarisme Hannah Arendt souligne, sans d’ailleurs en tirer les
conséquences qu’il en faudrait tirer, quelques différences majeures entre le
système stalinien et le nazisme. Le rôle du mensonge y est fondamentalement
différent. Le nazisme ment comme presque tous les régimes politiques pour des
raisons stratégiques et tactiques : le cas le plus connu étant celui du
secret qui a été organisé autour de la décision de la « solution
finale » mise au point en janvier
1942 à la conférence de Wannsee. Mais fondamentalement, le régime a toujours
agi conformément aux principes proclamés par Hitler dès la publication de Mein Kampf. Au contraire le système soviétique stalinien
vit, par essence, dans la dissimulation. De retour d’URSS, où il avait été
emprisonné quelques années, le communiste Ante Ciliga avait publié en 1938 un
livre intitulé Dix ans au pays du
mensonge déconcertant (1938). Effectivement le régime soviétique proclame
le pouvoir de la classe ouvrière mais exploite les ouvriers, il se veut le
modèle de l’émancipation humaine et organise la pire des oppressions. Chacun de
ses actes contredit l’idéal communiste tel qu’il avait défini avant la
révolution d’Octobre et tel que les partis communistes dans le monde entier
continuent de le définir après 1917. En Allemagne nazie, on exécute des
communistes ou des démocrates parce qu’ils sont effectivement des opposants au
régime, alors que le régime soviétique exécute des communistes en les accusant
d’être des agents de la Gestapo. De cet empire du mensonge, les procès de
Moscou de 1936 à 1938 donnent une image terrifiante.
(4)
Concernant la place de la terreur, on doit aussi souligner
des différences essentielles. Le nazisme terrorise ses ennemis et les peuples
de « sous-hommes ». La terreur soviétique s’est exercée contre de
prétendus « ennemis de classe » mais aussi et surtout contre
l’appareil soviétique lui-même. Les « koulaks » victimes de la
collectivisation de l’agriculture n’étaient pas ennemis du régime, mais des
gens qui avaient suivi la ligne de la NEP impulsée par Lénine et s’étaient,
pour certains, maigrement enrichis en mettant en œuvre les préceptes de
Boukharine, éminent dirigeant du PCUS à l’époque. Quant aux grandes purges des
années 36-38, elles ont visé avant tout les cadres du parti et de
l’administration soviétique, et elles ont fonctionné comme un système de
« mobilité sociale ». Quand on affirme que 15% des cadres sont des
traitres, cela fait des centaines de milliers de postes de direction, à tous
les niveaux qui vont se libérer ! Une fois les SA de Röhm éliminés lors de
la « nuit des longs couteaux », le régime nazi au contraire n’a plus
eu à avoir recours à des purges massives à l’intérieur de l’État et du NSAPD.
(5)
La dimension raciste, essentielle dans le nazisme, ne joue
qu’à la marge dans le système stalinien. Le prétendu « complot des
médecins juifs » date de la veille de la mort de Staline et il fait partie
des éléments qui ont conduit au grand virage de l’Union Soviétique après la
mort de Staline. Le système stalinien n’est raciste qu’accidentellement, si
j’ose dire. On connaît les remontées d’antisémitisme dans la Pologne de
Gomulka… mais pour une fois le gouvernement ne faisait que suivre les humeurs
du peuple en ressortant le vieux bouc émissaire pour détourner la colère des
difficultés politiques et sociales. En Pologne, ce n’est pas le stalinisme qui
a enfanté l’antisémitisme, c’est plutôt le vieux fond antisémite qui a
« contaminé » le stalinisme. On voit bien aujourd’hui comment cet
antisémitisme fait retour alors le stalinisme a été éradiqué. Pour le nazisme
au contraire le racisme est l’essence du régime qui doit assurer la domination
du Volk. Pour le fascisme de
Mussolini, c’est un racisme d’emprunt tardif qui n’apparaît vraiment qu’après
le « pacte d’acier » avec Hitler (1939) et sera renforcé dans la
phase d’agonie de la république de Salò. Mais avant cela les Juifs se sentaient
plutôt en sûreté dans l’Italie fasciste (voir, sur le changement dû au pacte
Mussolini/Hitler, Le jardin des
Finzi-Contini, le roman de Giorgio Bassano dont Vittorio de Sica a tiré un
très beau film). Notons qu’en 1921, neuf députés juifs fascistes sont élus,
dont Aldo Finzi, mis en cause dans l’assassinat de Matteotti et exclu du parti
fasciste seulement en 1942… Les Juifs d’Italie étaient parmi les mieux intégrés
de toute l’Europe.
2)
Examen de quelques régimes prétendument
totalitaires
Au sens de Hannah Arendt, il n’existe aucun pays
totalitaire aujourd’hui. Stricto sensu, le totalitarisme s’est délité en URSS
après la mort de Staline, avec le rapport Khrouchtchev et la dénonciation des
« crimes de Staline »,
La Chine a toujours été profondément différente de l’URSS
et jamais une caste toute puissante n’a réussi à se stabiliser durablement.
Jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping et au tournant vers l’économie de
marché, l’histoire du régime chinois est celle d’une série de crises profondes
qui, à chaque fois, ébranlent l’appareil d’État tout entier : les
« cents fleurs » (1957), le grand en avant (1963) et surtout la
révolution culturelle (1966) avec ses multiples rebondissements jusqu’à la mort
de Mao, ces évènements proprement révolutionnaires ne sont pas simples purges
(même s’il y a aussi des purges) mais des guerres civiles.
Le cas cubain est non moins clair. Que Cuba soit une
tyrannie, c’est l’évidence, mais ce n’est pas un système totalitaire. Le
castrisme n’a jamais pu embrigader totalement la population : les méthodes
importées d’URSS se sont sérieusement diluées sous le soleil des
tropiques ! Il y a bien eu des tentatives de mobilisation totale de la
population, tentatives puissamment aidées par la menace toute proche des
États-Unis (la bataille du sucre), mais ces tentatives ont surtout désorganisé
le pays. Le castrisme, s’il était devenu idéologiquement proche de l’URSS, est
en fait une variante du « populisme » latino-américain. La répression
contre l’opposition et le contrôle des populations, si abjects qu’ils aient
été, sont resté dans une norme hélas courante sur ce continent : la
dictature militaire brésilienne qui a duré 20 ans a été particulièrement
sanguinaire, pour ne rien de la dictature militaire au Chili ou en Argentine,
tous régimes que personne n’a jamais proposé de qualifier comme des régimes
totalitaires. Mais les régimes populistes, le régime cubain s’est appuyé sur
une rhétorique anti-impérialiste qui était celle du péronisme, de l’APRA, etc.
Le castrisme est apparu comme le seul anti-impérialisme conséquent en Amérique
Latine, d’où le prestige dont il a longtemps bénéficié dans le reste du
continent. À certains égards, l’homme politique cubain dont les ambitions se
rapprochaient le plus de la construction d’un système totalitaire était Che
Guevara qui voulait que la révolution produise un « homme nouveau ». Régis
Debray dans Loués soient nos seigneurs
a dressé de Guevara un portrait à la fois admiratif et impitoyable de cet homme
qui aimait les masses (abstraites) mais détestait les individus. Mais Guevara a
choisi la voie du sacrifice en allant à la mort en Bolivie dans une improbable
de guérilla méprisée par les paysans locaux.
La seule notable exception est le Cambodge des Khmers
Rouges qui semble une expérience de laboratoire souvent très ressemblante avec
les pires dystopies du siècle dernier. Bien qu’appuyé par les États-Unis et la
Chine, ce régime n’a duré que quelques années.
3)
Le totalitarisme aujourd’hui
Donc, si on peut bien appeler totalitaires ces deux
régimes, le nazisme et le système stalinien (et ceux qui leur ressemblent), les
différences sont substantielles et on se demande bien quelle est l’utilité
d’une catégorie qui ne regroupe que deux exemples profondément différents. Ces
différences substantielles ont des conséquences historiques, politiques et
morales non négligeables. Du reste l’antagonisme entre les deux régimes était
irréductible et la Seconde Guerre Mondiale après l’invasion de l’URSS par
l’Allemagne l’a montré tragiquement. Il est, en outre, assez facile de montrer
que ce n’était pas la même chose, au point de vue moral, d’adhérer au nazisme
en 1942 et d’adhérer à un parti communiste ! De tout cela on pourrait
déduire que le concept de totalitarisme est peu opératoire en l’état actuel. Il
peut être dissout dans des catégories plus restrictives ou au contraire élargi.
On pourrait très bien concevoir des régimes proprement
totalitaires sans terreur, sans racisme, sans système de parti unique, mais
néanmoins capables de soumettre toute la population à un contrôle presque
total, de coloniser les consciences par des moyens insidieux d’une propagande
omniprésente au point de n’être plus visible, et de mettre véritablement en
œuvre le programme des régimes dits totalitaires du XXe siècle, à
savoir la fabrication d’un homme nouveau. Il ne serait besoin ni de rééduquer
massivement la population dans des « camps de rééducation » par le
travail (façon soviétique ou chinoise de l’époque de la « révolution
culturelle »), ni de pratiquer un eugénisme brutal en massacrant tous les
individus non-conformes. L’ingénierie génétique suffirait amplement. Redéfini
ainsi, le totalitarisme n’appartiendrait plus spécifiquement à un XXe siècle
dominé par des « idéologies meurtrières » pour reprendre un lieu
commun paresseux ; il serait plutôt cet avenir radieux, de « bonheur
insoutenable » peint par les grandes dystopies du siècle passé.
Voyons cela dans le détail quelles sont les tendances
fortes à l’œuvre dans nos sociétés qui conduiraient à un totalitarisme d’un
genre nouveau, un totalitarisme presque séduisant.
a)
L’affaissement du politique
Hannah Arendt a raison de pointer le caractère
antipolitique des systèmes totalitaires du XXe siècle et je retiens
volontiers comme une des premières caractéristiques du totalitarisme qui vient.
La tendance vient de loin. Dans les années 30, le groupe X-Crises qui a donné
des armes intellectuelles à toutes sortes de courants aussi bien socialistes
que fascistes militait pour un gouvernement technoscientifique remplaçant
avantageusement le système parlementaire usé jusqu’à la moelle. Les thèses de
Bruno Rizzi sur la bureaucratisation du monde vont dans le même sens, bien que
Rizzi n’appelle pas de ses vœux cette bureaucratisation du monde :
remplacement de la lutte des partis par l’organisation bureaucratique
rationnelle de l’État, selon là encore une tendance que Max Weber avait
décelées au cœur même de la société capitaliste libérale : la formation
d’une « cage d’acier » bureaucratique pour encadrer toute la société.
Les grandes tendances politiques de l’après-guerre se sont
moulées dans ce chemin ouvert par les technocrates d’avant-guerre. Le
gouvernement technocratique, c’est-à-dire le gouvernement de la
« compétence technique » tend à s’imposer partout et à remplacer le
vieux parlementarisme. C’est l’ancien trotskiste Burnham qui publie Managerial Revolution où il va jusqu’au
bout des idées qu’il avait défendues dans la discussion de 1940 avec Trotski.
La caractérisation exacte de ces nouvelles formes
étatiques a été l’objet de discussions assez byzantines dans les différentes
sphères du marxisme. En s’appuyant sur les analyses du 18 brumaire de Louis Bonaparte de Marx, on a vu du bonapartisme
partout et effectivement un peu partout l’exécutif tend à s’élever au-dessus de
la société et de sa représentation politique. Mais c’est encore essayer de
penser le neuf avec les catégories anciennes. Laissons les morts enterrer leurs
morts ! Il n’est plus question de mettre la société sous le règne du sabre
et du goupillon mais de supprimer la politique comme enjeu possible de luttes.
A la place du gouvernement, la gouvernance, c’est-à-dire le pilotage technique
neutre et incontestable doit être instauré. On passe du gouvernement des hommes
à l’administration des choses pour reprendre la formule de Saint-Simon. Si le
bonapartisme ou les diverses formes de fascisme sont plutôt repliés sur les
frontières nationales, la nouvelle gouvernance est libérale et complètement
intégrée au processus de mondialisation. Fondamentalement, si nous repartons
des analyses de Hegel, la structure classique de la totalité organique de la Sittlichkeit (les « bonnes mœurs) et
de l’État s’articule dans des sphères autonomes (la famille, la société civile
bourgeoise et l’État). Mais avec les formes modernes de l’organisation
politique, cette articulation tend à disparaître. La fusion entre gouvernement
et administration est une tendance lourde déjà ancienne (notamment en France
avec le rôle de l’ENA comme vivier pour les partis politiques). La fusion entre
l’organisation politique et les sommets de la finance et de l’industrie est
également en bonne voie. Elle est également en train d’absorber tout ce qui
pouvait rester d’esprit indépendant dans les universités et le monde de la
recherche en voie de privatisation accélérée. L’idéal que l’État corporatisme
avait dessiné est en train de s’accomplir à l’abri de l’idéologie que l’on
continue d’appeler, on ne sait trop pourquoi, « néolibérale » alors
qu’elle n’a plus que de très lointains rapports avec ce que fut jadis le
libéralisme.
Cette fusion entreprises/État se traduit dans la
transformation profonde des partis politiques qui deviennent des
« partis-entreprises ». Le premier
exemple d’un tel parti est Forza Italia fondé
par Berlusconi mais mis sur pied en réalité par un consortium d’entreprises
spécialisées dans la publicité, les médias et le marketing. Mauro Calise dans
son livre Il partito personale. I due corpi del leader, (Editori
Laterza, 2000, 2010) analyse avec justesse ce processus que l’on retrouve aussi
dans le Labour party britannique à
l’époque de Blair (le départ de Blair a sensiblement changé la donne). Le point
de départ de la réflexion de Calise est le phénomène Berlusconi : en
quelques mois, en l’an 1994, Silvio Berlusconi, entrepreneur richissime, à la
tête du groupe Fininvest, omniprésent dans les médias et l’édition en
Italie, mais aussi dans bien d’autres secteurs, crée presque de toutes pièces
un parti politique, Forza Italia qui remporte les élections. Une armée
de professionnels, œuvrant avec la discipline entrepreneuriale bouleverse
l’échiquier politique italien, signant l’arrêt de mort des « partis
dinosaures », la DC, le PSI et le PCI. « Le succès du parti personnel
est lié à la parabole, longue et tenace, de Silvio Berlusconi. C’est avec lui
que, dans le jargon courant, le terme a été identifié ». Mais si l’exemple
italien semble le plus net, Calise montre qu’il s’agit d’un processus général,
commun à presque toutes les démocraties. Il rappelle le cas du parti créé par
le milliardaire américain Ross Perot et analyse assez longuement la
transformation du vieux Labour en « New Labour ».
Par-delà les spécificités italiennes, c’est en effet un
phénomène général. Dans une première étape, la démocratie ne connaissait en
matière de partis que des rassemblements plus ou moins informels derrière des
notables. L’apparition des partis de masse, intermédiaires entre le peuple
et les instances étatiques est un phénomène plus récent. Le prototype de ces
partis, que Calise mentionne à peine d’ailleurs, est le SPD d’avant la Première
Guerre mondiale, une organisation considérable numériquement et par ses
ramifications dans le monde ouvrier et qui a été le terrain d’étude privilégié
de Robert Michels. C’est à propos du SPD qu’il a formulé la « loi
d’airain » de l’oligarchie, c’est-à-dire la tendance au conservatisme des
appareils des organisations, indépendamment de l’idéologie professée (voir sur
sujet on pourra consulter notre article sur La
théorie des élites). Les grands partis démocrates et républicains sont
une autre forme de ces partis de masse et la première République italienne a
été dominée par la Démocratie chrétienne, exerçant le pouvoir central et
souvent alliée au PSI, et, dans l’opposition le PCI qui revendiquait jusqu’à 2
millions d’adhérents et un tiers des électeurs, au plus haut niveau de l’ère
Berlinguer. Calise expose le processus et les causes de ce déclin de ces dinosaures,
avec pour conséquence la montée des leaders, des chefs charismatiques, une
ascension qui ne concerne pas seulement les leaders nationaux, mais aussi les
leaders locaux, pas seulement les grands partis, mais aussi les petits.
On trouve des analyses convergentes dans Post-Démocracy de Colin Crouch, publié en 2004 (Polity Press Ltd), un
petit livre dont on ne peut que déplorer qu’il n’ait pas été traduit en
français tant les questions qu’il aborde se trouvent au cœur des interrogations
de ceux qui s’intéressent à la chose politique.
La thèse de Colin
Crouch est que nous vivons un changement fondamental de période historique,
puisque nous entrons maintenant dans la « post-démocratie ». Alors
que les secteurs de la gauche traditionnelle ont tendance à penser les
transformations récentes sur le monde de la régression (nous aurions accompli
un cercle qui nous ramène à notre point de départ, c’est-à-dire au 19e
siècle), Crouch prend l’image de la parabole :après une phase de
mobilisation et de conquêtes dès la fin du 19e et au cours du 20e
siècle, le mouvement ouvrier et la démocratie égalitaire sont maintenant entrés
dans une phase de déclin, qui n’est pas un retour en arrière mais l’entrée dans
une nouvelle période historique. Les traits de cette période : remise en
cause du compromis keynésien, perte d’influence des organisations ouvrières,
régression de la démocratie et de la citoyenneté, pouvoir croissant des firmes
et des possesseurs de capitaux, manipulation des médias, etc. Se plaçant
clairement du point de vue d’une démocratie égalitaire, opposée à la
« démocratie libérale », Crouch analyse de façon très lucide la
transformation de la vieille gauche socialiste et social-démocrate en un
nouveau « centre-gauche » qui a abandonné les valeurs et les
revendications démocratiques égalitaires au profit d’une intégration, pas
toujours porteuse de succès, dans l’âge de la post-démocratie.
Il faudrait ajouter une autre dimension : la
constitution d’une nouvelle classe dominante « hors sol », car ce
n’est plus à l’échelle nationale que les choses se jouent, mais à l’échelle de
la transnational capitalist class qu’a
très bien étudiée Leslie Sklair dans le livre éponyme.
On peut dire que la politique « à l’ancienne »,
comme art de gouverner les hommes exercé dans un contexte agonistique est
morte. Et avec elle, l’État-nation. On retrouve ici quelques-unes des
intuitions de Hannah Arendt qui montre justement le lien entre la montée du
totalitarisme et la subversion de l’État-Nation.
NOTE 2022 : l’expérience de la présidence
d’Emmanuel Macron (2017-2022) s’inscrit pleinement dans ces analyses.
Remarquons cependant que le « parti du leader » est une tentation qui
englouti à peu près toute la vie politique française. Les divers mouvements
soutenant Mélenchon ne sont plus des partis politiques au sens classique mais
bien de ces nouveaux partis entreprises tels que Calise les a analysés.
b)
L’effacement de la vie privée et la destruction
de l’intimité
On ne peut penser l’État sans passer par Hegel. Je viens
de le rappeler à propos de l’articulation famille/société civile/État. Si la
fin de l’État est la liberté, celle-ci suppose aussi la possibilité pour
l’individu de choisir la vie qu’il veut mener et de disposer d’un lieu à lui où
il peut se mettre à l’abri du monde. Je me contente ici de dire quelques mots
que l’on tirer des analyses de Marcuse concernant la « désublimation
répressive » (voir mon livre consacré à Marcuse). Celle-ci caractérise un
affaiblissement de la répression libidinale donc une diminution du besoin de
sublimation corrélative à une orientation de la libido vers les besoins du
système capitaliste. Et donc, avec cette désublimation, le contrôle des valeurs
sociales dominantes est accru. Le « sexy » est une valeur sociale,
comme le savent puis longtemps les publicitaires et les DRH. L’exposition
permanente aux regards – particulièrement exprimée dans l’architecture de verre
et d’acier, dans les organisations du travail en open space, etc. – participe de cette prégnance absolue du contrôle
social sur les individus, au point que, comme le note encore Marcuse, la
solitude, refuge de l’individu contre la société, est devenue impossible.
Ainsi, « la barrière qui séparait autrefois la vie privée de la vie
publique s’est brisée. » L’internet nous donne aujourd’hui un concentré
des analyses de Marcuse. La désublimation y prend toutes sortes de formes, dont
la forme de la pornographie à la portée de tous et de l’abolition de l’idée
même d’intimité, puisque cette pornographie vise à abolir la frontière entre le
réel et l’imaginaire fantasmatique – le « porno amateur » occupant
une part grandissante du marché. La question n’est pas de dénoncer la
pornographie en tant que telle – nous laissons cela aux puritains – mais de
comprendre ce que produit la technologie et en quoi elle est la cause de la
désublimation. « Cette mobilisation et cette manipulation de la libido
expliquent en grande partie la soumission volontaire des individus, l’absence
de terreur, l’harmonie préétablie entre les besoins individuels et les désirs,
les buts et les aspirations exigés par la société. » On pourrait même
aller un peu plus loin que Marcuse. Cette sphère de non-conformisme privé était
absolument nécessaire et faisait partie intégrante de la structure de la
domination du mode de production capitaliste à l’époque de ce que Diego Fusaro
appelle « capitalisme dialectique ». C’est l’existence même de cette
sphère qui se manifeste dans la critique que les grands penseurs issus organiquement
de la classe bourgeoise adressent au mode de production capitaliste – Rousseau,
Kant, Fichte, Hegel et Marx en sont quelques très beaux exemples. À l’âge du
« capitalisme absolu », cette sphère disparaît et la révolte est tout
simplement en train de devenir impensable… sauf s’il s’agit d’une révolte pour
la servitude comme dans le cas du djihadisme.
À « l’âge de la colonisation des consciences »,
à l’âge de « l’industrie culturelle » (une des cibles de Horkheimer
et Adorno), à l’âge du développement rationnel des techniques de manipulation,
« la domination se pétrifie en un système d’administration
objective ».
Ainsi, la technique a atteint un point tel que la
protection de l’intimité exige globalement qu’on soit débranché (« no
plug »). Sur internet, prétendre avoir une vie privée, prétendre conserver
une certaine intimité est quelque chose d’aussi dépassé que les réverbères à
gaz et les calèches tirées par des chevaux. Le trafic commercial des données
personnelles est aujourd’hui le moteur principal du système et c’est sur lui
que se sont constituées de gigantesques entreprises capitalistes. Google est la
première entreprise mondiale avec une capitalisation de 800 milliards de
dollars pour 57150 employés. À titre de comparaison, Wal-Mart, la plus grande
chaîne de magasins au monde a une capitalisation de 310 milliards pour 2,2
millions d’employés. Et que vend Google ? Nous.
c)
La surveillance généralisée
On sait bien que la surveillance des citoyens, y compris
et surtout dans leur vie privée est essentielle à tout régime simplement
autoritaire. Mais, par la force des choses, les régimes autoritaires d’antan ne
pouvaient surveiller qu’un petit nombre de citoyens (leurs ennemis ou leurs
amis proches, ce qui était parfois la même chose). Dans l’excellent film
allemand La vie des autres donne un
aperçu du travail de la STASI. Mais ce n’est une spécialité réservée à
l’ex-RDA. Les grandes oreilles de la NSA écoutent le monde entier et en premier
lieu les amis des États-Unis (on a appris que les téléphones portables de la
chancelière allemande ou du président français étaient espionnés sans que cela
suscite vraiment d’émoi. Les régimes tyranniques modernes et même les
« démocratiques » reposent sur la surveillance généralisée. Le big brother d’Orwell est une réalité
quotidienne, particulière en Oceana (c’est
le nom qu’Orwell donne à la Grande-Bretagne dans 1984) qui est le pays qui
compte le plus de caméras de surveillance au monde.
Les caméras ne sont que le moyen le frustre de la
surveillance généralisée. Le développement des fichiers d’empreintes génétiques
permet de pister les traces que les individus laissent partout. Dans les séries
policières, on identifie le coupable en « moins de deux » grâce à ses
traces génétiques et le spectateur est tout heureux que le méchant se soit fait
prendre. Mais le spectateur devrait plutôt être inquiet ! Dans Un bonheur insoutenable de Ira Levin,
les individus sont repérés parce qu’ils doivent toujours se déplacer avec un
bracelet qui permet de les localiser. Nous nous sommes nous-mêmes mis le
bracelet et il a nom « téléphone portable ». Notons que la
surveillance est à la portée de tout le monde puisqu’on peut géo-localiser le
téléphone portable de ses enfants (par exemple). Chez Amazon, les employés
portent un bracelet de localisation et de guidage… Il faut ajouter tout ce que permet le
croisement des données, rendu possible par l’informatisation totale de la vie
sociale : le premier contact avec quelque organisme ou quelque entreprise
que ce soit commence par la saisie de données sur un terminal informatique.
Pour achever le maillage, on prévoit la fin du « cash » et la
généralisation du porte-monnaie électronique dans les années qui viennent.
NOTE 2022 : L’extraordinaire expérience de la
pandémie au Covid-19 a plus que confirmé ces analyses. La France macroniste
s’est mise dans les pas de la Chine en inventant sa propre version du
« crédit social » avec le « pass sanitaire » puis le
« pass vaccinal ». La domestication des individus (port du masque,
gestes barrières, interdits de toutes sortes a fait de « progrès »
que personne n’aurait imaginés il y a seulement quelques années.
d)
La mobilisation totale
Hannah Arendt faisait de la mobilisation totale une des
caractéristiques du système totalitaire. Ce qui permet à Marcuse de qualifier
la société moderne de société totalitaire, c’est qu’elle repose sur la
« mobilisation totale ». C’est une société qui, dans ses secteurs les
plus avancés, est à la fois une société de bien-être et une société de guerre.
Voyons les grandes lignes qui permettent de la décrire :
« Les éléments de perturbation traditionnels ont été
ou supprimés ou isolés, les éléments menaçants ont été pris en main. Ses
caractères principaux sont bien connus : les intérêts généraux du grand
capital concentrent l’économie nationale, le gouvernement joue le rôle de
stimulant, de soutien et quelquefois de force de contrôle ; cette économie
s’imbrique dans un système mondial d’alliances militaires, d’accords
monétaires, d’assistance technique et de plans de développement ; les « cols
bleus » s’assimilent aux « cols blancs », les syndicalistes
s’assimilent aux dirigeants des usines ; les loisirs et les aspirations
des diverses classes deviennent uniformes ; il existe une harmonie préétablie
entre les recherches scientifiques et les objectifs nationaux ; enfin, la
maison est envahie par l’opinion publique et la chambre à coucher est ouverte
aux communications de masse. »
En un demi-siècle la situation n’a pas beaucoup changé,
sinon en pire. L’économie capitaliste a triomphé à l’échelle de la planète
entière et elle est beaucoup plus fortement intégrée ; la disparition de
la classe ouvrière, comme classe, dans les pays les plus riches est en bonne
voie. Le mot « ouvrier » est en train d’être rayé du vocabulaire
usuel après avoir été rayé du vocabulaire politique et l’invasion de l’intimité
par les techniques de communication de masse est désormais un fait patent avec
le développement des nouveaux moyens de communication comme l’internet. Les
marges dans lesquelles pouvait exister une forme différente d’organisation
sociale et politique se sont singulièrement rétrécies. La démocratie n’existe
plus dans la mesure où le système bipartisan l’emporte un peu partout. La
« convergence des opposés » dont parle Marcuse est pratiquement
achevée aujourd’hui. Non seulement le clivage droite-gauche appartient au
passé, mais l’idée même d’un « mouvement ouvrier » opposé au
capitalisme ou du moins défendant les intérêts de la classe ouvrière à
l’intérieur même du capitalisme n’est plus portée que par quelques petits
groupes nostalgiques.
Comme Marx l’avait déjà analysé, le mode de production
capitaliste soumet de plus en plus la production à la « rationalité
technique » (même si l’emploi de cette technique est finalement
irrationnel). Le travail lui-même doit s’adapter à cette rationalité technique.
L’exploitation du travailleur est désormais conduite scientifiquement. Il
devient de plus en plus difficile d’imaginer un « univers de discours et
d’action qualitativement différent ».
Un trait souligné par Marcuse est bien connu : c’est
la perte du métier. Tous les métiers se ressemblent et « les travailleurs
sont en train de perdre leur autonomie professionnelle, ce qui faisait d’eux
une classe à part. Tout cela aboutit à des transformations profondes de la
conscience de classe et donc « l’attitude négative de la classe ouvrière
s’affaiblit ». Pour autant, l’asservissement des travailleurs au capital
ne diminue pas. « Les esclaves de la civilisation industrielle avancée
sont des esclaves sublimés, mais ils demeurent des esclaves. »
En troisième lieu, les changements dans l’organisation du
travail et dans le mode de production transforment profondément la conscience
des travailleurs. Il y a bien une « intégration sociale et culturelle »
de la classe ouvrière dans la société capitaliste. Mais ce changement de
conscience exprime une transformation des relations sociales elles-mêmes.
L’interdépendance croissante que produit le développement technologique produit
un attachement des travailleurs à l’entreprise. Marcuse cite des études qui
montrent l’ardeur des travailleurs « pour participer à la solution des
problèmes de la production ». C’est ce qui va se développer sous le nom de
« toyotisme ». Une intensification des cadences rendues possibles en
partie grâce à la participation des travailleurs à des groupes de recherche de
solutions, une participation qui contribue puissamment à l’expropriation du
savoir ouvrier.
La grande firme capitaliste n’est pas une organisation « purement
économique » ; elle n’est pas seulement une machine à produire des
choses, en l’occurrence des marchandises. Elle est une forme d’intégration
totale, un système totalitaire à elle seule.
e)
La fabrication de l’homme nouveau
L’objectif de la société capitaliste à notre époque est
maintenant clairement celui d’une transformation radicale de l’homme. « L’homme
nouveau » était un slogan du communisme historique du XXe
siècle. Il est l’objectif concret, en voie de réalisation du mode de production
capitaliste d’aujourd’hui, celui qui a été libéré de la menace communiste. Ce
dernier point à lui seul mériterait un très long développement. Contentons-nous
de quelques remarques.
1) Le
mode de production capitaliste en lui-même doit façonner l’homme, celui que
l’on appelle maintenant « ressources humaines ». Le concept de « réification »,
développé par Lukács, prolonge la réflexion de Marx sur le travail aliéné et
ouvre la possibilité d’un véritable « devenir machine » pour l’être
humain.
2) La
mécanisation sous toutes ses formes domine entièrement le monde de la vie. La
procédure est le maître-mot. Elle induit progressivement une transformation de
nos réflexes, de notre rapport au monde.
3) La
prise de contrôle des corps est déjà une histoire ancienne (voir Foucault et
ses travaux sur le biopouvoir et la biopolitique). Parmi les institutions
organisant le contrôle des corps, il faut faire un place particulière au sport
(qui n’est pas une activité ni une distraction, mais bien une institution des plus
importantes).
4) La
biologie est la science moderne par excellence. Elle permet d’envisager
pratiquement une transformation radicale de l’humain, un HGM (ou humain
génétiquement modifié). On envisage aussi une mutation fondamentale des
conditions de production des humains, car le mot naissance ne conviendrait plus
dès lors que l’exogenèse deviendrait une réalité.
5) Il
faut prendre tout à fait au sérieux ce qui se trame autour du « post-humanisme »
ou du « transhumanisme », c’est-à-dire de l’unification du génie
génétique, de la biologie des greffes et de l’informatique, surtout pour ce qui
concerne l’Intelligence Artificielle. Certains pensent qu’il ne s’agit que d’un
délire d’ingénieurs (souvent piètres biologistes). Sans aucun doute, il y a une
part de vrai dans tout cela. Mais seulement une part. Que les rêveries ou les
cauchemars transhumanistes puissent se réaliser n’est le problème. Il s’agit de
créer une situation nouvelle dans laquelle l’idée même de liberté humaine
aurait perdu toute signification.
4)
Conclusion
Redéfini ainsi, le concept de totalitarisme ne désignerait
plus ni un passé enterré, ni futur très hypothétique, mais « le mouvement
réel » qui se déroule sous nos yeux. Certains des traits que je propose
prolongent la réflexion de Hannah Arendt. D’autres en diffèrent sérieusement.
Et surtout j’ai éliminé la terreur, les purges, les bruits de bottes et la
torture. Le totalitarisme sanglant est à la fois coûteux et instable. Le totalitarisme
« doux » qui s’installe tranquillement par la colonisation des
consciences (le fameux « softpower ») et par le bouleversement du
monde de la vie pourrait très bien emporter la partie. Mais rien n’est joué. La
crise du capitalisme peut fort bien secouer même les plus endormis, même les
mieux anesthésiés.
dimanche 21 janvier 2018
Avoir le droit pour soi, est-ce être juste ?
mercredi 17 janvier 2018
La fabrication des humains
lundi 15 janvier 2018
jeudi 4 janvier 2018
L’expérience du corps
C’est la chair, telle que la pensent Maurice Merleau-Ponty et Michel Henry. Elle est entièrement tournée vers elle-même, le monde n’existe pas et elle n’en a pas besoin. Nous n’avons nul besoin de nous « prouver » notre propre existence et nous n’avons nul besoin de nous livrer à cet exercice extravagant qui consiste à se replier en soi-même par un acte réflexif, à suspendre tous les contenus de nos pensées pour isoler la pensée pure en acte, le « je suis, j’existe » de la II
mardi 2 janvier 2018
L’empire du bien absolu
Les faits divers sont devenus depuis longtemps des occasions de faire assaut de vertu et de propositions plus sévères les unes que les autres pour éradiquer le mal. Les « révélations » (qui n’en étaient pas) concernant le producteur de cinéma Weinstein se sont transformées en un appel généralisé à la délation (#balancetonporc sur les réseaux sociaux en français). Certains penseurs (principalement classés « à gauche ») en sont venus à demander qu’en matière de harcèlement sexuel et de viol on introduise un nouveau principe juridique, celui de l’inversion de la charge de preuve qui obligerait l’accusation à prouver ses accusations (comme c’est la règle actuellement), mais à l’accusé de prouver son innocence. On parle d’augmenter drastiquement le délai de prescription. La surenchère punitive suit l’échauffement des esprits.
Il est bien difficile de faire entendre quelques paroles sensées dans cette situation. Quiconque ose émettre des doutes est accusé comme complice des méchants et peut-être lui-même méchant. Il faut cependant prendre le risque d’essayer de penser ce qui est en cause dans la marche inexorable (semble-t-il) vers l’empire du bien absolu.
[1]
Le besoin de morale dans la vie publique et dans les
relations sociales s’est fait pressant et même oppressant depuis trois ou
quatre décennies. Pour éviter de faire trop vieillot — la leçon de morale
faisant immanquablement penser à l’école de la IIIe République,
on a rebaptisé la morale en éthique, autrement dit, on est passé du latin au
grec. Mais la chose est aussi imprécise, qu’on la prononce dans la langue de
Cicéron ou dans celle d’Aristote.
Chacun d’entre nous se fixe des règles de vie (se lever tôt,
faire du footing ou encore mépriser l’argent et les compliments du vulgaire,
etc.) et jusqu’à un certain point, ces règles de vie dépendent de nos choix
personnels et n’ont nulle vocation à s’imposer aux autres. Appelons cela
éthique ou morale privée, si cela nous chante. Cette morale personnelle inclut
évidemment des vertus, c’est-à-dire des dispositions acquises par
habitude : à force de me contraindre à me lever tôt pour travailler, j’ai
vaincu ma paresse et je me suis meilleur maintenant que je suis devenu
travailleur. Toutes ces vertus, les éthiques des philosophes grecs antiques
invitent à les cultiver. La capacité à se suffire à soi-même est une vertu
épicurienne. La maîtrise de soi, la constance et beaucoup d’autres encore sont
des vertus stoïciennes. Et certainement nous devrions plus souvent lire ou
relire Aristote, Chrysippe et Épicure (ou leurs porte-parole latins) qui font
partie de l’éducation d’un honnête homme.
Mais il y a aussi une deuxième catégorie de règles, pas
toujours clairement distinctes des précédentes, mais qui se caractérisent par
le fait que nous ne les choisissons pas, qu’elles font partie d’un ensemble de
« valeurs » partagées par une communauté et qui permettent tout simplement à la
communauté d’exister. Nous pouvons dire qu’elles constituent une morale
publique. Et toutes les vertus que nous devons cultiver qui nous rendent aptes
à obéir à cette morale publique peuvent se résumer à une seule : amour du
bien commun. Cet amour du bien commun, dans une société démocratique inclut le
respect des différentes morales privées raisonnables — ou encore des diverses « conceptions
englobantes du bien ». Ainsi, je me dois de respecter le croyant qui a le droit
de vivre sa foi. Pour autant que sa foi reste raisonnable, c’est-à-dire qu’elle
ne vise à s’imposer et à réglementer l’espace public. Il y a dans la morale
publique toute une série de préceptes qui garantissent les libertés
personnelles de chacun. Et ces préceptes s’imposent à tous, évidemment. Cependant
la morale publique ne doit pas être confondue avec la morale minimale des
partisans de la « liberté négative ». Elle implique aussi d’agir en vue de
développer la solidarité entre les membres de la communauté politique et tout
ce qui favorise le développement de « l’animal social » humain. Du même coup,
la morale publique voit d’un mauvais œil ceux qui organisent leur propre
sécession d’avec l’espace public commun.
La morale publique, au sens où je l’entends, comprend donc à
la fois des prescriptions négatives (respecter les libertés personnelles et les
choix de vie des autres), mais aussi des prescriptions positives incluant le
développement de l’amitié civique sous toutes ses formes. Du même coup, la
vertu publique ou vertu républicaine n’est rien d’autre que cette aptitude à
s’engager dans la vie de la cité pour y faire son devoir de citoyen. Il y a
évidemment une tension entre ces deux exigences. Ce qui seul peut en fixer le
point d’équilibre c’est la loi.
[2]
La distinction entre morale et droit est évidemment
centrale. La morale est exigeante et parfois intransigeante. On ne badine pas
sur le mal. La loi au contraire doit permettre les perspectives de chacun selon
« une loi universelle de liberté » comme le dirait Kant. En même temps qu’elle
organise la vie commune et assigne à chacun sa contribution à la vie commune
(payer ses impôts, contribuer à la solidarité avec les plus défavorisés, garantir
à tous l’accès aux biens publics et la protection contre les maux publics), la
loi fixe les limites des exigences que chacun peut formuler vis-à-vis des
autres et organise la préservation de la paix civile.
Prenons le simple exemple de la laïcité dont la loi de 1905
définit très exactement les termes. La République garantit la liberté de
conscience, mais la liberté de conscience n’est pas la licence accordée aux
organisations religieuses d’intervenir comme bon leur semble dans la vie de la
cité. Du reste, en France la République ne reconnaît aucun culte et ne vise pas
à garantir la liberté religieuse, mais la liberté de conscience. Les partisans
de la prétendue « laïcité ouverte » (laquelle est exactement le contraire de la
laïcité) soutiennent au contraire que la république reconnaît tous les cultes !
Mais si la république reconnaissait tous les cultes, elle en ferait donc des
interlocuteurs légitimes pour la prise de décision publique et on aurait non
pas un État laïque, mais un État multiconfessionnel (comme l’est le Liban) ; en
outre, la république ferait revenir dans l’espace public la concurrence entre
toutes les religions, chacune voulant imposer sa loi, sa morale et ses lubies
particulières. En outre, les droits des incroyants et des sans religion (qui
sont l’immense majorité des citoyens de France) seraient gravement lésés. En
outre, la laïcité doit garantir à tous les possibilités de ne pas être
embrigadé ou contraint de partager des rituels sous la seule pression
communautaire. Ainsi, l’État n’a évidemment pas à réglementer les tenues
vestimentaires, mais il impose des règles de pudeur (on ne peut pas se promener
nu dans les lieux réservés au nudisme !) et des tenues réglementaires pour les
fonctionnaires ou toutes personnes accomplissant une mission de service public.
Cependant, l’interdiction du « voile intégral » est parfaitement légitime à la
fois parce qu’elle est une nécessité d’ordre public et parce que cette tenue
visant à rendre les femmes invisibles est gravement attentatoire à la dignité de
la femme. De même, l’interdiction des tenues religieuses ostentatoires à
l’école est non seulement conforme aux traditions scolaires, mais garantit la
liberté des jeunes filles qui veulent s’émanciper de la tutelle religieuse
familiale ou du voisinage.
On le voit, la loi peut limiter certaines « libertés »
individuelles pour sauvegarder la liberté de tous. Encore ces « libertés
individuelles » ainsi limitées sont-elles de pseudolibertés ou des formes de
servitude.
On peut seulement espérer que l’habitude de l’obéissance à
des lois justes finisse par devenir une seconde nature et former ce que
Rousseau appelait un droit naturel raisonné.
[3]
Comme je l’ai montré dans un ouvrage de 2011, La longueur de la chaîne (éditions Max
Milo), notre liberté est de plus en plus une liberté surveillée et nous ne
pouvons plus guère que négocier la longueur de nos chaînes. Appliquant le « principe
responsabilité » formulé par Hans Jonas, les États (car il s’agit d’un
processus largement mondialisé) ont entrepris de traiter les hommes comme des
enfants et de prendre en main leur santé, leur sécurité et leur moralité. De
l’interdiction de fumer qui poursuit les fumeurs même là ils ne risquent pas de
gêner leurs voisins, jusqu’aux campagnes publicitaires sur le bon régime, rien
ne nous est épargné. On en est même à réglementer les représentations de
fumeurs au cinéma. Il faudra sûrement un jour faire disparaître ces images
d’archives qui montrent nos présidents et ministres du siècle passé la
cigarette aux lèvres. En soi, cette affaire n’est pas très grave ; après tout,
moins fumer ou ne plus fumer, c’est bon pour la santé. Mais elle est
révélatrice de ce qui se met en place. Tous nos comportements doivent être
rigoureusement normés et les contrevenants doivent être punis.
Jusqu’à présent, la loi punissait les infractions
caractérisées. Désormais elle punira les comportements (que c’est vague) et les
propos. Y compris l’humour noir, puisque le second degré est désormais
rigoureusement banni comme l’a montré l’affaire de cet humoriste viré du
service public pour une plaisanterie un peu grinçante du type dont Charlie
Hebdo est coutumier.
Il est incontestablement mal d’être misogyne — c’est
d’ailleurs non seulement mal, mais de plus gravement bête. Pour autant, faut-il
punir les propos misogynes ou interdire la litanie des blagues (souvent pas
très drôles) sur les blondes ? Les « histoires belges » seront-elles bannies
comme offensantes pour un peuple ami — lequel d’ailleurs pratique souvent un
humour « déjanté » dont les Français pourraient bien s’inspirer ? L’antiracisme
est devenu une religion absurde, si absurde que, par exemple, le mot « nègre »
qui désignait jadis celui qui écrivait à la place d’un personnage célèbre un
livre de souvenir ou de réflexions est maintenant banni : on ne traduit
pas en français le titre du film américain Ghostwriter,
parce que, évidemment, « écrivain fantôme » ça ne veut rien dire pour nous.
Dénoncée voilà déjà pas mal de temps, cette police importune de la parole n’a
fait que croitre et embellir, la dernière forme, encore plus stupide que les
autres, étant celle de l’écriture dite « inclusive » et de la protestation
contre la grammaire française au motif que le masculin l’emporte sur le
féminin, comme si le masculin grammatical était mâle et le féminin grammatical
femelle.
La police de parole se complète d’une police des
comportements, puisqu’on veut transformer en infraction tout ce qui pourrait
relever du « harcèlement », un terme très large qui va de la « main baladeuse »
au simple regard un peu appuyé lancé à une femme qui ne l’a pas sollicité. La « drague »
la plus banale est en passe de devenir un délit, sur le modèle américain. Et
qui plus est un délit qui n’aura plus besoin d’être prouvé par l’accusation,
puisque ce sera à l’accusé de prouver son innocence ainsi que l’a demandé
fermement une des grandes figures du néo-féminisme, Madame Fraysse.
En réalité, nous assistons à une subversion de l’État de
droit par l’idéologie puritaine. Les nouveaux puritains (qui sont souvent, par
ailleurs des défenseurs du mariage homosexuel ou des droits des « trans »)
veulent imposer par la loi leur propre conception absolutiste du bien. Alors que
l’exigence morale s’adresse en premier lieu à soi-même, les néo-puritains
exercent leur vigilance morale à l’encontre des autres. Et aucun scrupule ne
peut retenir le dénonciateur. Inutile d’objecter que des innocents vont être
jetés en pâture : « balance-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » Et
comme toujours ni pitié ni prescription. Certains proposent même de rendre le
viol imprescriptible… comme le crime contre l’humanité : un sens de la
gradation des crimes et des peines tout à faire remarquable. C’est toute la
conception moderne de la justice pénale, et, en même temps qu’elle l’antique
vertu du pardon qui sont balayées d’un coup par la furie des moralistes enragés.
Ce que veulent les néo-puritains, c’est une société de
laquelle le mal – ou plus exactement ce qu’ils nomment le mal – a été éradiqué.
Une société dans laquelle les lois et la surveillance des individus seraient si
bien combinées que la plus petite grossièreté machiste ne pourrait être
prononcée sans que le coupable soit immédiatement foudroyé par la justice ! Une
société d’où l’idée même de liberté aurait été éradiquée. Certes, on a coutume
de reprendre la formule classique de Rousseau et Kant selon laquelle la liberté
est l’obéissance à la loi qu’on se donne soi-même : obéissance à la loi
morale dictée par la raison pure, obéissance à la loi politique en tant
qu’expression de la volonté générale. Mais ces deux auteurs n’étaient pas des
fanatiques de la morale. Kant remarquait que si une société était conçue de
toute sorte que tout écart à la loi devenait impossible, alors la morale aurait
disparu de toutes les conduites humaines et une obéissance mécanique lui aurait
été substituée. Rousseau, pour sa part, considérait que la volonté générale
s’autolimitait en quelque sorte, puisque « la condition étant égale pour tous,
nul n’a intérêt de la rendre onéreuse aux autres ».
On peut espérer civiliser les hommes par l’éducation, et on
y arrive parfois. Je crois qu’il serait assez facile de montrer qu’au cours du
dernier siècle, les violences faites aux femmes et aux enfants ont beaucoup
diminué, que les préjugés raciaux ou les discriminations à l’encontre des
handicapés, sans parler des crimes de sang, ont beaucoup régressé, alors que
les lois devenaient souvent moins dures — on a aboli la peine de mort. Il est
pour le moins curieux de remarquer que c’est aujourd’hui du côté d’une certaine
gauche ou de l’extrême gauche que l’on réclame une extension sans limites du
domaine pénal et une aggravation constante des peines encourues. La dénonciation
à tout propos des « dérives sécuritaires » a quasiment disparu. Peut-être
est-ce tout simplement un des indices que l’on ne croit plus l’homme éducable.
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