vendredi 23 janvier 2026

Vérité et interprétation

Introduction : qu’est-ce qu’interpréter ?


La vérité objective suppose que l’on s’en tienne aux faits. Telle est la première règle non seulement pour toute recherche scientifique, mais pour toute affirmation sérieuse. Au contraire, selon Nietzsche : « il n’y a précisément pas de faits, mais que des interprétations » (Fragments posthumes / fin 1886 – printemps 1887).

Cette position nietzschéenne a été souvent comprise comme l’affirmation d’un relativisme ou d’un perspectivisme radical. Les faits ne se donnent jamais qu’à travers une interprétation : cela veut dire qu’il n’y a jamais de « fait brut ». Et comme l’interprétation est toujours personnelle, chacun a son interprétation et donc chacun a sa vérité, du moins la seule vérité que l’on puisse atteindre…

lundi 19 janvier 2026

J’écris ton nom : liberté !

1. On peut s’abstenir de toute préoccupation politique, chercher la sérénité à l’abri des tumultes de la vie publique. C’est une position qui peut se comprendre, surtout si on regarde sans trop de complaisance le spectacle qui nous est offert. Passé un certain âge, on peut se contenter d’essayer de passer à travers les gouttes des orages politiques, et, si le monde doit aller à sa perte, qu’il en soit ainsi. On peut aussi adopter une position en quelque sorte « sartrienne » et se tenir pour responsable du monde, c’est-à-dire se tenir pour engagé dans les affaires du monde et contraint d’exercer son jugement et sa volonté, chacun à son niveau et en partant de sa situation propre. Mais si on choisit la deuxième solution, encore faut-il le faire à partir de principes moraux solides. On sait que les politiciens professionnels et les aspirants au rôle de politicien professionnel ont des principes très élastiques et mobilisent pour justifier leurs actions des analyses qui se veulent réalistes, voire scientifiques. Ils se moquent volontiers du moraliste : ce qui vaut en théorie ne vaut rien en pratique, répètent-ils, valorisant le cynisme chic, le réalisme un peu snob des esprits qui se croient supérieurs. Il me semble, au contraire de ce réalisme prétendu, que l’on doit partir de principes fermes et les plus belles analyses ne valent que pour autant qu’elles éclairent l’action que commande ces principes.

jeudi 8 janvier 2026

Aux sources de la république laïque

L’école du peuple entre ordre et révolution.

Par Christophe Miqueu, éditions « Le bord de l’eau », septembre 2025.


Christophe Miqueu enseigne la philosophie à l’INSPE de Bordeaux et la laïcité est tout naturellement au cœur de ses réflexions. Il nous livre avec son dernier ouvrage les fruits d’une réflexion menée depuis longtemps maintenant. Sa réflexion sur la laïcité est insérée dans un travail plus général sur le républicanisme, travail dont sa thèse de doctorat, Spinoza, Locke et l’idée de citoyenneté : Une génération républicaine à l’aube des Lumières (Classiques Garnier, 2012) fournit quelques solides fondements. Il a participé ou dirigé de nombreux ouvrages collectifs qui tournent autour des mêmes questions. Son petit « guide graphique », Comprendre la laïcité (Max Milo) jetait l’esquisse de l’ouvrage actuel. Christophe Miqueu est aussi un politique pratique. Maire (DVG) de Sauveterre en Guyenne, il a aussi été un compagnon de « La Sociale ».

samedi 3 janvier 2026

Les stades de la conscience morale selon Lawrence Kohlbert

 


Voici un résumé de la théorie des stades de la conscience morale, telle que la conçoit Lawrence Kohlberg – un des spécialistes de la psychologie génétique avec Jean Piaget.

mardi 2 décembre 2025

In English

 For my English-speaking readers, English translations of some of my works are available, generally in ebook format.






dimanche 23 novembre 2025

Résistance au mal


 Il est très difficile de résister au mal. D’abord, parce que le mal est attirant, il a souvent des couleurs chatoyantes, il promet, sans barguigner, tout ce que l’on veut. Tout d’abord, le mal en lui-même peut être désirable (cf. supra sur le rôle de la destructivité). Comme le disait Médée, « je vois le meilleur, je l’approuve et je fais le pire ». Les passions funestes obéissent toutes à cette logique. La volonté du sujet est anéantie et pourtant, il se croit le plus libre quand il cède à cette passion. L’ivrogne croit vouloir librement s’enivrer, faisait remarquer Spinoza : il se croit le plus libre au moment même où il est totalement assujetti à l’objet de son désir.

vendredi 31 octobre 2025

« No kids »


L’effondrement de la natalité un peu partout – seule l’Afrique résiste encore – est un signe. Comme l’homme de Neandertal, sapiens pourrait disparaître sans même avoir recours à une catastrophe nucléaire, par extinction lente, après avoir provoqué une extinction massive des êtres vivants sur notre planète. Toutes sortes de raisons sont avancées pour refuser de perpétuer l’espèce. Les femmes « émancipées » ne veulent se soumettre à la servitude de la maternité. Mettre au monde des enfants aujourd’hui est presque un crime contre la planète.

samedi 25 octobre 2025

A propos de "Mélenchon, le bruit et la fureur"

Cher Rodolphe Cart,

J’ai lu avec un intérêt soutenu votre livre consacré à Mélenchon, le bruit et la fureur. Portraits d’un révolutionnaire (éditions La nouvelle librairie). C’est un livre  dont je recommande chaudement la lecture parce que, prenant Mélenchon au sérieux, il s’efforce d’en retracer la cohérence par-delà les changements d’orientation à telle ou telle période d’une longue vie politique. L’examen des différentes facettes du personnage, dont vous faites une sorte de tomographie vous permet de donner une vision assez complète de sa pensée politique, sans vous engager dans des polémiques sur les pratiques réelles de Mélenchon aux différents moments de sa vie politique, sans vous engager non plus dans le récit de ses rapports avec ses amis, si souvent rejetés d’un simple twitt ou coup de téléphone définitif.

mercredi 8 octobre 2025

Lecture d’Anarchéologie. Fragments hérétiques sur la catastrophe historique par Jean Vioulac (I)


J’ai eu plusieurs fois l’occasion de dire combien j’estime le travail philosophique de Jean Vioulac qui est certainement un des auteurs dont je me sens le plus proche. Il est vrai que nous avons tous les deux une figure de référence commune, celle de Marx, que nous refusons de laisser enterrer sous les décombres de la vulgate du marxisme. Nos parcours se croisent et se recroisent. Mon dernier livre, Devenir des machines agite des thématiques qui sont bien proches des derniers ouvrages de JV.

samedi 16 août 2025

La fin du désir et l’érotiquement correct


Les questions sociétales, c’est-à-dire essentiellement les questions tournant autour du sexe, des rapports entre les sexes et de la mort occupent une place considérable dans l’espace public. Avoir des réticences sur le « mariage homosexuel » ou sur la « PMA pour toutes » vous condamne derechef aux enfers. Se met ainsi en place un « nouvel ordre érotique », pour parler comme le philosophe italien Diego Fusaro. Ce que je voudrais montrer, c’est que cet « érotiquement correct » s’inscrit pleinement dans le processus de « désublimation répressive » analysé voilà plus de soixante ans par Herbert Marcuse. Loin d’une libération de l’Éros, il pourrait bien en signifier le déclin, vaincu par les forces de Thanatos, cette pulsion de mort qui taraude la société capitaliste d’aujourd’hui.

Vérité et interprétation

Introduction : qu’est-ce qu’interpréter ? La vérité objective suppose que l’on s’en tienne aux faits. Telle est la première règle non se...