Cette notion d’émergence permet également de comprendre comment le vivant s’est progressivement diversifié et complexifié, comment, à partir de la croissance continue de l’appareil neuronal des animaux, sont apparus des animaux nettement plus intelligents que les autres et finalement comment a émergé la conscience de soi qui semble inséparable de la liberté.
Ce qui rend la question compliquée à comprendre, c’est qu’elle est liée à une autre question tout aussi complexe qui est celle de la flèche du temps. Nous avons tendance à penser que le passé et le futur sont symétriques : si je peux expliquer logiquement, causalement, un événement en remontant à l’état antérieur, passé, j’ai tendance à penser que, dans le passé, j’aurais pu prédire l’événement présent. Le temps serait en quelque sorte réversible et prédiction et rétrodiction seraient inséparables. Après tout, le présent n’est que la mince limite, presque inexistante entre deux « non êtres » : le passé qui n’est plus et le futur qui n’est pas encore. Mais précisément, le passé et le futur ne sont pas symétriques, le futur n’est pas du passé en devenir et le passé n’est pas du futur déjà advenu. Il y a, entre l’un et l’autre une dissymétrie radicale que l’on nomme flèche du temps. Le passé a été, il a eu une consistance et laisse sa trace dans le présent, alors que le futur n’est pas, il est du pur non-être et ne laisse évidemment aucune trace dans le présent.

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