dimanche 20 septembre 2026

Sur la flèche du temps

Comment concilier ou plutôt réconcilier nature et liberté ? En admettant d’abord l’apparition du nouveau, non pas d’un nouveau apparent qui ne nous paraît nouveau que parce que nous n’avions pas pu le prévoir faute de connaissances suffisantes, mais d’un nouveau vraiment nouveau, impossible à déduire des propriétés de l’état antérieur. Les êtres vivants sont des exemples typiques de cette nouveauté absolument nouvelle. La vie émerge, lentement d’abord, mais les propriétés des êtres vivants ne peuvent nullement être déduites des propriétés de leurs composants physiques (ou chimiques), bien que nul miracle ne se soit produit : on peut après coup expliquer comment cela a pu se faire.

Cette notion d’émergence permet également de comprendre comment le vivant s’est progressivement diversifié et complexifié, comment, à partir de la croissance continue de l’appareil neuronal des animaux, sont apparus des animaux nettement plus intelligents que les autres et finalement comment a émergé la conscience de soi qui semble inséparable de la liberté.

Ce qui rend la question compliquée à comprendre, c’est qu’elle est liée à une autre question tout aussi complexe qui est celle de la flèche du temps. Nous avons tendance à penser que le passé et le futur sont symétriques : si je peux expliquer logiquement, causalement, un événement en remontant à l’état antérieur, passé, j’ai tendance à penser que, dans le passé, j’aurais pu prédire l’événement présent. Le temps serait en quelque sorte réversible et prédiction et rétrodiction seraient inséparables. Après tout, le présent n’est que la mince limite, presque inexistante entre deux « non êtres » : le passé qui n’est plus et le futur qui n’est pas encore. Mais précisément, le passé et le futur ne sont pas symétriques, le futur n’est pas du passé en devenir et le passé n’est pas du futur déjà advenu. Il y a, entre l’un et l’autre une dissymétrie radicale que l’on nomme flèche du temps. Le passé a été, il a eu une consistance et laisse sa trace dans le présent, alors que le futur n’est pas, il est du pur non-être et ne laisse évidemment aucune trace dans le présent.



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