Le machinisme et le capital sont consubstantiels. Sous ses premières formes, capital usuraire, rente foncière et même manufacture, le capital est indifférent au moyen de travail. Mais le capital n’est pas encore véritablement lui-même. Le capital, en chair et en os, apparaît avec la grande industrie et donc comme machines, qui fonctionne si possible jour et nuit pendant toute l’année. Dans Das Kapital, Marx emploie le terme de Maschinerie, qui se traduit aisément en français par « machinerie ». La machinerie n’est pas une collection de machines, mais un système en fonctionnement. La vraie chose vivante du capital, est cette machinerie : une usine à l’arrêt, c’est du capital immobilisé, du capital qui ne produit rien et donc du capital mort. D’un autre côté le capital est de l’argent, l’argent dépensé pour acheter des moyens de travail et de la force de travail, et qui ressort du cycle de la production grossi et embelli de la plus-value. Pour l’investisseur capitaliste, l’argent semble un pur fantôme et son existence matérielle n’a rien à voir avec son contenu réel et sa puissance.
samedi 11 novembre 2023
Peut-on parler de progrès moral?
J’ai déjà eu l’occasion, en plusieurs endroits, de poser la question des mythes du progrès. Il est d’ailleurs remarquable d’observer que l’on baptise aujourd’hui du qualificatif « progressiste » des gens qui défendent une régression intellectuelle terrible en rétablissant dans toutes leurs réflexions les classements en termes de « races », par exemple, ou veulent essentialiser toutes les petites différences entre les humains. Aujourd’hui, je voudrais revenir sur la question du progrès moral. Cette notion a-t-elle un sens ? Si oui, pouvons-nous répondre à la question qui sert de titre à cette modeste contribution ?
vendredi 10 novembre 2023
Le marché de la vertu
Estelle Ferrarese, Le marché de la vertu. Critique de la consommation éthique, Librairie philosophique Jean Vrin, 2023
vendredi 3 novembre 2023
Bergson, le possible et le réel
Dans un essai de 1930, Le possible et le réel (in La
pensée et le mouvant), Bergson montre que la créativité extraordinaire de
la nature par le fin que la réalisation d’un possible est toujours différent de
ce possible. Ce qui se réalise ne correspond jamais à ce que j’avais prédit,
même si cet écart peut être presqu’imperceptible.Soit, dira-t-on ; il y a peut-être
quelque chose d'original et d'unique dans un état d'âme ; mais la matière
est répétition ; le monde extérieur obéit à des lois mathématiques une
intelligence surhumaine, qui connaîtrait la position, la direction et la
vitesse de tous les atomes et électrons de l'univers matériel à un moment
donné, calculerait n'importe quel état futur de cet univers, comme nous le
faisons pour une éclipse de soleil ou de lune. – Je l'accorde, à la rigueur,
s'il ne s'agit que du monde inerte, et bien que la question commence à être
controversée, au moins pour les phénomènes élémentaires. Mais ce monde n'est
qu'une abstraction. La réalité concrète comprend les êtres vivants, conscients,
qui sont encadrés dans la matière inorganique.
jeudi 26 octobre 2023
La morale face à la guerre
La guerre est une rupture brutale du lien moral entre les
hommes. C’est aussi vieux que l’humanité. Il n’y a pas de société sans ce lien
moral (ou éthique si on tient à ce mot). Mais les sociétés humaines s’entretuent
sans la moindre pitié. Les guerres préhistoriques sont maintenant bien
documentées — voir Les guerres préhistoriques de Lawrence Keeley — et faisaient
un considérable nombre de victimes (entre 40 et 50 % des vaincus) et,
évidemment, on n’épargnait personne. Les Romains ne faisaient pas dans la
dentelle avec les rebelles à leur « pax romana ». Les barbares l’étaient
vraiment et de Gengis Khan à Tamerlan et Ivan le Terrible, les figures de monstres
abondent. Sans oublier la croisade des Albigeois (« tuez-les tous, Dieu
reconnaîtra les siens »), les guerres de religion (le massacre de la Saint-Barthélemy
reste dans les mémoires), la guerre de Trente Ans qui a décimé la population
allemande (réduite de moitié), l’invasion française de la Hollande, commandée
par Louis XIV, etc. Nos guerres se sont peut-être civilisées au xixe, enfin quand il s’agissait
des guerres intraeuropéennes, mais en matière d’horreurs coloniales, on ne sait
à qui délivrer la palme, peut-être au traitement que le roi des Belges a fait
subir au Congo, qui n’était pas une colonie belge, mais un domaine privé.
Michel Terestchenko, dans Un si fragile vernis d’humanité, un livre à
recommander chaudement, s’interroge sur les conduites de destructivité et
montre que ce n’est ni par abjection que l’on massacre ni par altruisme
que l’on s’y oppose…
jeudi 14 septembre 2023
Auguste Comte et la politique scientifique
Après la révolution française, contre l’idée du passage et de l’opposition de l’état de nature et de l’état civil, est affirmée la naturalité essentielle du social et du politique. C’est pourquoi, selon Cabanis, « l'homme politique éclairé doit être l'élève consciencieux de la nature. »
mardi 5 septembre 2023
Quel avenir pour le socialisme?
Entretien avec David L'Epée paru dans Krisis
Q : Depuis la
chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc communiste, l’humanité vit
grosso modo sous l’égide d’un unique régime socio-économique : le capitalisme.
Ce régime se globalise de manière de plus en plus hégémonique et convertit
progressivement au « modernisme » même les territoires les plus pauvres
et les plus engoncés dans leurs traditions locales, pour en faire de nouvelles
zones de production ou de marché. Le socialisme, qui a pu apparaître pendant
longtemps comme la principale alternative à la logique libérale, a probablement
cessé aujourd’hui de fonctionner comme un Idéal ou un Grand Récit capable de
susciter l’enthousiasme des foules. Même la crise économique de 2008, qui, en
France (et sans doute ailleurs dans le monde), a quelque peu discrédité le
capitalisme aux yeux d’une partie de l’opinion publique, n’a pas suffi à
réhabiliter le socialisme comme alternative crédible. Autrement dit, on ne croit plus guère aux sirènes du marché ;
mais on se méfie plus encore des lendemains qui chantent. Comment expliquer
cette désaffection du socialisme ? Cette idéologie est-elle morte ?
lundi 4 septembre 2023
La fin du désir et l"érotiquement correct
Ce texte a été publié une première dans la revue Krisis, numéro 51 sur le thème "Amour? "
Les questions sociétales, c’est-à-dire essentiellement les questions tournant autour du sexe, des rapports entre les sexes et de la mort occupent une place considérable dans l’espace public. Avoir des réticences sur le « mariage homosexuel » ou sur la « PMA pour toutes » vous condamne derechef aux enfers. Se met ainsi en place un « nouvel ordre érotique », pour parler comme le philosophe italien Diego Fusaro. Ce que je voudrais montrer, c’est que cet « érotiquement correct » s’inscrit pleinement dans le processus de « désublimation répressive » analysé voilà plus de soixante ans par Herbert Marcuse. Loin d’une libération de l’Éros, il pourrait bien en signifier le déclin, vaincu par les forces de Thanatos, cette pulsion de mort qui taraude la société capitaliste d’aujourd’hui.
dimanche 20 août 2023
De la sensibilité
La coexistence de ces deux essais n’est nullement fortuite. La lecture de Marx proposée par Michel Henry dans son volumineux Marx a été pour moi une véritable révélation, bousculant sans ménagement ma « formation marxiste » antérieure et me ramenant à la philosophie qui avait été quelque peu relativisée dans l’ordre de mes préoccupations. J’espère trouver quelques lecteurs qui me feront part de leurs remarques avant d’aller plus loin. Je jette une flèche, la ramasse qui veut.
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lundi 24 juillet 2023
Le système et le chaos
Le livre de Bernard Charbonneau, Le système et le chaos. Critique du développement exponentiel est republié chez l’excellent éditeur « R&N » (Du rouge et du noir) avec une préface de Renaud Garcia. Bien que vieilli par certains aspects (le livre a été écrit avant 1973), il reste une stimulante réflexion sur l’idéologie du développement, sur le progressisme et le rôle des sciences et des techniques dans l’asservissement croissant des humains. Loin de concourir à nous libérer, la science et la technique ne nous promettent au fond qu’une seule chose : la survie. Le fil directeur du livre est l’affaiblissement, l’exténuation de la démocratie comme conséquence fatale du développement. Défenseur de l’individu, l’auteur montre comment il est de plus en plus ligoté par le système, un système qui produit du chaos qu’il faudra contenir par de nouveaux « progrès ». Que la technique ne soit pas neutre, que ce « moyen » soit en réalité une fin, Charbonneau le montre inlassablement.
Ami et interlocuteur de Jacques Ellul, Charbonneau ne va pas
aussi loin que l’auteur de Le bluff technologique (publié en 1988). Il n’a
pas la profondeur et le tranchant philosophique de Günther Anders. Mais il faut
lire Le système et le chaos pour faire le tour des problèmes qui se
posent à nous, avec plus d’acuité aujourd’hui qu’il y a cinquante ans.
Devenir des machines. Recension
Dans la revue Eléments, avri-mai 2025 n°213 : La technique, espoir ou danger ? On a déjà beaucoup écrit sur ce thème, et ce n'est pas fi...
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