samedi 11 juillet 2026

Calculer n'est pas penser


Hobbes exprime brutalement un des thèmes fondamentaux de la modernité : « Penser, c’est calculer ». Nous disposons tous de la raison et donc de la capacité de raisonner, qui n’est rien d’autre qu’une sorte de calcul. En effet :

L’usage et la fin de la raison ne sont pas de trouver la somme ou la vérité de l’une ou de plusieurs conséquences éloignées des premières définitions et des significations établies des dénominations, mais de commencer à celles-ci, et de continuer [en allant] d’une conséquence à une autre. (Léviathan. V)

mardi 7 juillet 2026

Tirer le frein d’urgence

Le spectacle de la canicule occupe les médias, même quand la canicule est passée et qu’on est revenu aux « normales saisonnières ». Pourtant, on ne devrait pas réduire ces événements météorologiques à un spectacle de la société du spectacle. En elle-même, la canicule ne dit rien de l’évolution du climat. On en a connu d’autres ! En 1718-1719, en plein « petit âge glaciaire », la France a connu une sécheresse prolongée et des températures extrêmes, causant 700000 morts. On pourra encore évoquer l’été 1911. Mais on ne peut se contenter de dire « rien de nouveau sous le soleil ». Le réchauffement climatique est à peu près avéré, même s’il frappe différemment les différents continents. Les agriculteurs et les vignerons peuvent en témoigner : les dates des moissons et des vendanges ont été sérieusement avancées. On discutera pour savoir si ce réchauffement est exclusivement dû aux activités humaines (RCA ou réchauffement climatique anthropique) ou s’il faut invoquer des causes multifactorielles. Mais dans tous les cas, une question sérieuse s’impose à nous : comment faire face à cette situation nouvelle ? Il y a eu dans le passé d’importantes fluctuations climatiques bien connues : une période assez chaude autour de la naissance de Rome jusqu’à l’empire, puis un refroidissement à quoi on tend maintenant à imputer la chute de l’empire et les grandes invasions, puis la période chaude médiévale suivie du petit âge glaciaire et une remontée forte tout au long des deux derniers siècles. On peut admettre que les changements des paramètres orbitaux de notre Terre modifiant son insolation jouent un rôle. Mais il est assez risqué d’écarter les effets de l’activité humaine et notamment la production de CO2 alimentant l’effet de serre. Quoi qu’il en soit, la simple prudence devrait nous convaincre de limiter les émissions de GES, principalement le CO2 produit par la combustion de sources d’énergie fossiles (charbon, pétrole, gaz).

vendredi 3 juillet 2026

Sur un prétendu droit de disposer de son corps et de sa vie


Lors d’une discussion sur la loi autorisant l’euthanasie (pardon, « l’aide à mourir »), un partisan de cette loi m’opposait le principe « supérieur » suivant : « je suis pour le droit à disposer de SON corps et de SA vie POINT ».  Dans cette proposition, il y a de nombreux points discutables. Mon contradicteur croit énonce un principe supérieur, mais, dans cet énoncé, à peu près tout est faux.

jeudi 25 juin 2026

Nature et liberté

Que l’homme soit libre, par nature, n’est pas un fait démontrable « scientifiquement », ce n’en est pas moins un fait empirique. Les lapins construisent des terriers de lapin, les hommes habitent des cavernes, construisent des cabanes, construisent des maisons de pierre, des palais, des buildings gigantesques, et même, s’il le faut, des sortes de terriers de lapin dans les guerres de tranchées.

mardi 16 juin 2026

Du bon usage du libéralisme



S'il existe bien un libéralisme qui se conçoit comme la liberté absolue des puissants payée de la soumission de l’immense cohorte des pauvres,  un libéralisme à la Calliclès[1], il existe cependant un bon usage du libéralisme, un libéralisme dont les linéaments se trouvent chez Spinoza, Rousseau ou Hegel, par exemple. Pourquoi défendre le libéralisme, ou du moins un certain libéralisme, au risque d’être classé dans la catégorie des « sociaux libéraux », catégorie honnie dans les milieux radicaux ? Derrière cette question, il y a plusieurs oppositions qu’il convient d’éclairer.  La première, la plus fondamentale, consiste à savoir ce que peut signifier l’émancipation de l’humanité. La pensée de Marx est placée sous ce signe : les prolétaires sont les plus aptes à mener le combat contre le capital car ils n’ont à perdre que leurs chaînes.

mardi 5 mai 2026

Sur la philosophie de Gustavo Bueno - Un article de Carlos X. Bianco

 

Carlos X. Blanco

La philosophie du professeur riojan défunt, don Gustavo Bueno Martínez (1924-2016), est extrêmement complexe. Elle est dotée d’un langage technique propre, souvent autoréférentiel, que seul le disciple dévot et persévérant finit par maîtriser pleinement. Quoi qu’il en soit, le lecteur non spécialisé en philosophie — et plus encore tout lecteur non adepte de son système prétendu — peut saisir les aspects les plus significatifs de son œuvre.

mardi 14 avril 2026

Nihilisme, disent-ils…

Il parait que l’Occident est décadent, nihiliste et déjà défait. Du moins si j’en crois des posts qui circulent sur les « réseaux sociaux » et les oracles de certains de nos grands prophètes médiatiques. Que l’Occident soit décadent, la nouvelle n’est pas très fraîche. Ostwald Spengler a rédigé le Déclin de l’Occident avant 1914. On pourrait discuter largement de cette notion d’Occident, à peu près aussi confusionniste que celle de « Nord collectif » ou de « Sud global ». Mais admettons que les anciens « maîtres du monde », l’Europe et les États-Unis forment un ensemble pertinent, que vient faire là-dedans le nihilisme ?

mardi 24 mars 2026

Le problème du relativisme moral (cours)

 1         Position du problème


Y a-t-il des règles morales qui peuvent valoir universellement ? Voilà une question qui ne se posaient guère dans les siècles antérieurs au nôtre. À la fois

Ø  parce que chacun était persuadé de détenir la seule vraie conception de la morale humaine – découlant essentiellement de la religion –

Ø  et parce que, en même temps, la diversité des sociétés humaines semblait irréductible.

mercredi 18 mars 2026

Heurs et malheurs de Nicolas, par Rodolphe Cart


J'ai eu l'occasion de dire tout le bien que je pense du livre de Rodolphe Cart consacré à  Mélenchon. Son dernier ouvrage qui part de l'analyse du "mouvement" "C'est Nicolas qui paie" a également rencontré mon intérêt. J'ai fait parvenir à l'auteur ce petit mot:

Souveraineté nationale et souveraineté populaire

 

Une lettre à Alain de Benoist à propos de son livre.

Cher Alain de Benoist,

Je viens de terminer votre livre, Souveraineté nationale et souveraineté populaire, que vous avez eu l’obligeance de me faire parvenir. J’ai beaucoup apprécié le travail conceptuel que vous menez sur la souveraineté et ses variations. Nous avons des accords et des désaccords. Comme j’ai tendance à confondre le peuple et la nation, évidemment j’ai aussi tendance à confondre souveraineté populaire et souveraineté nationale. Pour moi il n’y a de souveraineté nationale effective que si elle est la souveraineté populaire et il n’y a pas de souveraineté populaire sans souveraineté nationale. Des citoyens libres dans une république libre, pour reprendre ici la position défendue par Machiavel. Si on veut être maître chez soi, il faut évidemment ne pas être soumis à une puissance extérieure.

samedi 14 mars 2026

Adorno: terminologie philosophique

Un collègue a traduit la Terminologie philosophique de Theodor W. Adorno et la met à disposition du public le plus large sous forme de fichier numérique Epub. Qu'il en soit chalheureusement remercié.

On peut télécharger le fichier ici:

mercredi 4 mars 2026

Entre morale, droit et politique, une justice internationale est-elle possible ?

 Conférence prononcée devant l’association « Philopop » du Havre, 24 mai 2008)

Introduction : position du problème

(Une des questions les plus importantes soulevées au cours des dernières années a été celle-ci : à l’âge de la mondialisation, peut-on proposer une alternative globale qui puisse protéger les humains contre les effets dévastateurs d’un libéralisme sans règle autre que celle de la maximisation du profit ? Plusieurs réponses sont apportées à ce défi. Mais elles peuvent se ramener à deux :

1)      La mondialisation heureuse : la mondialisation est conçue comme un processus porteur d’espoir, porteur de la promesse d’un monde sans guerre et d’une croissance économique qui mettra un terme à la misère de masse dans les pays en voie de développement. Il suffit simplement de trouver à l’âge de la mondialisation, la « bonne gouvernance ».

jeudi 5 février 2026

Le communisme comme humanisme combattant

25 avril 2020 | Par Thomas Munzner | Un article publié sur le site italien de Comunismo e comunità

« […] chez Marx, l'idée du communisme se concrétise avant tout dans l'image d'une société où l'individu, libéré de l'aliénation, devient un homme complet, universel, c'est-à-dire capable de développer pleinement sa personnalité ».
 A. Schaff


Le communiste est un penseur militant, conscient que son action est pérenne : il n'existe pas de systèmes ou de régimes qui mettent fin à l'histoire et apaisent les esprits. L'intellectuel de formation marxiste fait de l'activité critique une action totale dans l'histoire.

mardi 3 février 2026

Contre le relativisme

Lors d’une récente conférence, un de mes contradicteurs affirma que la morale est purement individuelle, que chacun a la sienne et que les idées de respect de la personne et de dignité sont des fariboles, ajoutant qu’étant lui-même de tempérament plutôt libertaire, il ne pouvait donc souscrire à mon propos. J’aurais pu lui répondre qu’on croirait entendre un mauvais élève de Terminale, mais n’enseignant plus depuis un moment, la repartie ne m’est pas venue. Je remercie cependant ce contradicteur libertaire qui m’oblige à reprendre la question du relativisme, question d’autant plus importante que ce relativisme mine non seulement la vie intellectuelle, mais aussi la vie civique et les « bonnes mœurs » (au sens hégélien de la Sittlichkeit). Je me propose de réfuter tout relativisme en deux manches, contre le relativisme dans le domaine de la connaissance (relativisme gnoséologique) et contre le relativisme moral. La « belle » mettra aux prises l’universalisme et l’inégalité des sociétés humaines.

lundi 26 janvier 2026

Quelques leçons de notre histoire… si l’histoire peut donner des leçons

Il y a beaucoup de choses à dire de l’Ukraine. Beaucoup de choses déplaisantes, comme la corruption des classes dirigeantes, les usines à bébés, l’importance des groupes qui se réclament du nazisme ou de Bandera, auxquelles il faut ajouter les manipulations et les manigances de la bureaucratie et des gouvernements européistes. À quoi il faut encore ajouter l’instrumentalisation de la « cause ukrainienne » contre les nations d’Europe.

Il y aurait aussi beaucoup de mal à dire de Poutine qui ne risque pas, lui, d’avoir une commission anticorruption sur le dos. Sans oublier le fait que Poutine n’est peut-être, à certains égards, qu’un moindre mal comparé aux cinglés panslavistes qui le poussent aux fesses.

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dimanche 25 janvier 2026

L’humanisme aujourd’hui

 Exposé à l’Université populaire de la Roya (23/01/2026)


Propos liminaire : J’ai publié en début 2025 Devenir des machines contre la déshumanisation du monde, de la réification de l’humain. La tâche centrale disait T.W. Adorno : comprendre comment l’humanité entre au pas de charge dans l’inhumanité. Avec le travail que j’ai entrepris autour de la question de l’humanisme, j’espère montrer qu’il existe une issue positive.

Calculer n'est pas penser

Hobbes exprime brutalement un des thèmes fondamentaux de la modernité : « Penser, c’est calculer ». Nous disposons tous de la raison et donc...