mardi 14 avril 2026

Nihilisme, disent-ils…

Il parait que l’Occident est décadent, nihiliste et déjà défait. Du moins si j’en crois des posts qui circulent sur les « réseaux sociaux » et les oracles de certains de nos grands prophètes médiatiques. Que l’Occident soit décadent, la nouvelle n’est pas très fraîche. Ostwald Spengler a rédigé le Déclin de l’Occident avant 1914. On pourrait discuter largement de cette notion d’Occident, à peu près aussi confusionniste que celle de « Nord collectif » ou de « Sud global ». Mais admettons que les anciens « maîtres du monde », l’Europe et les États-Unis forment un ensemble pertinent, que vient faire là-dedans le nihilisme ?

« Nihil » en latin veut dire « rien ».  Le nihiliste est donc un partisan du rien ? De ce terme, il y a plusieurs acceptions. Philosophiquement, le nihilisme est une sorte de scepticisme radical tant du point de vue de la connaissance que du point de vue moral. Il s’exprime dans un relativisme assumé. L’existence n’a aucun sens.

En Russie, on a appelé « nihilistes » les révolutionnaires radicaux, contestant l’ordre établi aussi bien dans le domaine littéraire que religieux ou politique. Ivan Karamazov est qualifié de « nihiliste ». dans le célèbre roman de Dostoïevski : Ivan nie la justice divine et nie donc Dieu. Son frère Aliocha est effrayé « — Mais c’est de la révolte, prononça doucement Aliocha, les yeux baissés. » Le nihiliste conséquent veut la destruction du monde. On retrouve cette inspiration chez les héros des Démons  de Dostoïevski. Toutes les formes de terrorisme ont quelque chose du nihilisme. Anéantir la vie !

Du nihilisme russe sortiront des courants anarchistes ou populistes. Il s’agit de détruire le vieux monde pour en construire un nouveau sans dogme, sans hiérarchie. Le bourgeois conservateur voit volontiers un nihiliste dans toute personne qui veut anéantir son monde bourgeois…

En tout cas, rien de ce que nous pouvons observer aujourd’hui, dans nos sociétés dites « avancées ».  Peut-être, pourrait-on voir quelque chose ressemblant au nihilisme russe dans les courants soixante-huitards ou post-soixante-huitards, mais comme toujours, la deuxième fois, c’est une farce !

On peut trouver une deuxième acception du terme « nihilisme » chez Nietzsche. Pour lui, c’est l’ensemble de la civilisation occidentale, depuis Socrate et le christianisme, qui est sur une trajectoire nihiliste. Le « socrato-christianisme », si on ose employer ce mot, est égalitariste, condamne les forts et valorise les faibles, il est fondé sur le ressentiment, et conduit à l’annihilation des « valeurs de la vie ». Pour Nietzsche, le christianisme est une abomination (« La pitié, c’est la pratique du nihilisme », dit-il dans L’Antéchrist), et donc, le socialisme et la démocratie, aboutissements de cette tendance mortelle de notre civilisation, sont évidemment à rejeter sans la moindre concession.

Prenez tous les extraits qui vous intéressent et vous obtiendrez un « Nietzsche à destination des imbéciles », un nietzschéisme de bazar qui se porte assez bien dans les milieux qui se veulent des élites.

Cette espèce de nietzschéisme est partagé par des gens comme Ayn Rand (qui est le seul auteur que Trump ait lu, selon ses propres paroles) et par les « lumières sombres » qui ne cessent de dénoncer l’assistanat, l’aide aux pauvres et veulent libérer les forts de toutes les entraves qu’ont mis les faibles. La sécu, les salaires garantis et la retraite, voilà du pur « nihilisme » chez tous ces zigotos qui, pour le coup, sont des rois du ressentiment.

Pour Nietzsche, l’homme nihiliste par excellence est le « dernier homme », celui qui ne veut pas entendre le discours de Zarathoustra appelant à surmonter l’humain et réclame, au contraire, qu’on le laisse avec son bonheur. Bref, le dernier homme, c’est vous et moi.

Bizarrement, aujourd’hui, le nietzschéisme anti-nihiliste recoupe une certaine critique religieuse, tentée par le « tradi ». Les gens ne pensent qu’à jouir, l’hédonisme a renversé toutes les valeurs. Ce n’est vraiment pas bien. Les « Occidentaux » n’ont plus de « valeurs » et, ici et là, on cite la tolérance à l’homosexualité comme la marque de cet effondrement des valeurs…

Curieusement, je vois des gens théoriquement défenseurs des travailleurs, reprenant à leur compte les  critiques contre le nihilisme de l’Occident, un peu comme hier Mme Vermeersch dénonçait comme dépravation bourgeoise les revendications ouvrières pour le contrôle des naissances et plus généralement tout ce qui a rapport à la liberté sexuelle.

Que le mode de production capitaliste bafoue toutes les valeurs humaines et transforme tout en objet de trafic, c’est absolument évident. Mais, n’en déplaise aux contempteurs du prétendu nihilisme, la civilisation européenne et le règne du capital sont devenus antinomiques. Ce qui sont en charge de la « culture » ne manquent pas de détruire les valeurs que la civilisation europénne a élaborées et qui doivent être défendues, même, ô horreur, contre les rhéteurs du « Sud global ». Du christianisme, nous gardons la valeur sacrée de l’individu qui est toujours plus que le groupe dont il est membre, plus que sa famille ou sa nation. Du christianisme, nous gardons l’idée d’égalité : il n’y a plus ni homme ni femme, ni Juif ni Gentil, dit l’apôtre Paul. Du christianisme, nous gardons aussi et peut-être avant tout l’idée que l’homme est libre, dispose d’un pouvoir de vouloir et de juger parce qu’il a été créé « à l’image et à la ressemblance » de Dieu. Même si vous ne croyez pas en Dieu (ce qui est mon cas), voilà qui met l’homme au plus haut et se situe à l’opposé de ceux qui veulent la soumission (islam). De l’humanisme et des Lumières, nous gardons la liberté de conscience, la liberté d’exprimer nos pensées, la liberté de critique et de débat et la confiance dans la capacité de l’instruction de tous pour faire progresser l’humanité (relisons sur ce dernier point la lettre de Gargantua à son fils Pantagruel, de notre grand Rabelais).

Donc, au lieu d’accabler le prétendu « nihilisme des Occidentaux », nous ferions mieux de reprendre et défendre pied à pied notre héritage humaniste, en n’oubliant pas de rappeler à M. le Sud global que l’abolition de l’esclavage vient « de chez nous », que la première société des amis des Noirs fut fondée à Paris et que la dénonciation du colonialisme et de la soumission des autres peuples  se trouve déjà chez Diderot ! L’accusation capitale que nous devons adresser aux classes dirigeantes, c’est précisément qu’elles piétinent et détruisent avec acharnement cet héritage que nous devons défendre.

Denis COLLIN – le 13 avril 2026 

mardi 24 mars 2026

Le problème du relativisme moral (cours)

 1         Position du problème


Y a-t-il des règles morales qui peuvent valoir universellement ? Voilà une question qui ne se posaient guère dans les siècles antérieurs au nôtre. À la fois

Ø  parce que chacun était persuadé de détenir la seule vraie conception de la morale humaine – découlant essentiellement de la religion –

Ø  et parce que, en même temps, la diversité des sociétés humaines semblait irréductible.

mercredi 18 mars 2026

Heurs et malheurs de Nicolas, par Rodolphe Cart


J'ai eu l'occasion de dire tout le bien que je pense du livre de Rodolphe Cart consacré à  Mélenchon. Son dernier ouvrage qui part de l'analyse du "mouvement" "C'est Nicolas qui paie" a également rencontré mon intérêt. J'ai fait parvenir à l'auteur ce petit mot:

Souveraineté nationale et souveraineté populaire

 

Une lettre à Alain de Benoist à propos de son livre.

Cher Alain de Benoist,

Je viens de terminer votre livre, Souveraineté nationale et souveraineté populaire, que vous avez eu l’obligeance de me faire parvenir. J’ai beaucoup apprécié le travail conceptuel que vous menez sur la souveraineté et ses variations. Nous avons des accords et des désaccords. Comme j’ai tendance à confondre le peuple et la nation, évidemment j’ai aussi tendance à confondre souveraineté populaire et souveraineté nationale. Pour moi il n’y a de souveraineté nationale effective que si elle est la souveraineté populaire et il n’y a pas de souveraineté populaire sans souveraineté nationale. Des citoyens libres dans une république libre, pour reprendre ici la position défendue par Machiavel. Si on veut être maître chez soi, il faut évidemment ne pas être soumis à une puissance extérieure.

samedi 14 mars 2026

Adorno: terminologie philosophique

Un collègue a traduit la Terminologie philosophique de Theodor W. Adorno et la met à disposition du public le plus large sous forme de fichier numérique Epub. Qu'il en soit chalheureusement remercié.

On peut télécharger le fichier ici:

mercredi 4 mars 2026

Entre morale, droit et politique, une justice internationale est-elle possible ?

 Conférence prononcée devant l’association « Philopop » du Havre, 24 mai 2008)

Introduction : position du problème

(Une des questions les plus importantes soulevées au cours des dernières années a été celle-ci : à l’âge de la mondialisation, peut-on proposer une alternative globale qui puisse protéger les humains contre les effets dévastateurs d’un libéralisme sans règle autre que celle de la maximisation du profit ? Plusieurs réponses sont apportées à ce défi. Mais elles peuvent se ramener à deux :

1)      La mondialisation heureuse : la mondialisation est conçue comme un processus porteur d’espoir, porteur de la promesse d’un monde sans guerre et d’une croissance économique qui mettra un terme à la misère de masse dans les pays en voie de développement. Il suffit simplement de trouver à l’âge de la mondialisation, la « bonne gouvernance ».

jeudi 5 février 2026

Le communisme comme humanisme combattant

25 avril 2020 | Par Thomas Munzner | Un article publié sur le site italien de Comunismo e comunità

« […] chez Marx, l'idée du communisme se concrétise avant tout dans l'image d'une société où l'individu, libéré de l'aliénation, devient un homme complet, universel, c'est-à-dire capable de développer pleinement sa personnalité ».
 A. Schaff


Le communiste est un penseur militant, conscient que son action est pérenne : il n'existe pas de systèmes ou de régimes qui mettent fin à l'histoire et apaisent les esprits. L'intellectuel de formation marxiste fait de l'activité critique une action totale dans l'histoire.

mardi 3 février 2026

Contre le relativisme

Lors d’une récente conférence, un de mes contradicteurs affirma que la morale est purement individuelle, que chacun a la sienne et que les idées de respect de la personne et de dignité sont des fariboles, ajoutant qu’étant lui-même de tempérament plutôt libertaire, il ne pouvait donc souscrire à mon propos. J’aurais pu lui répondre qu’on croirait entendre un mauvais élève de Terminale, mais n’enseignant plus depuis un moment, la repartie ne m’est pas venue. Je remercie cependant ce contradicteur libertaire qui m’oblige à reprendre la question du relativisme, question d’autant plus importante que ce relativisme mine non seulement la vie intellectuelle, mais aussi la vie civique et les « bonnes mœurs » (au sens hégélien de la Sittlichkeit). Je me propose de réfuter tout relativisme en deux manches, contre le relativisme dans le domaine de la connaissance (relativisme gnoséologique) et contre le relativisme moral. La « belle » mettra aux prises l’universalisme et l’inégalité des sociétés humaines.

lundi 26 janvier 2026

Quelques leçons de notre histoire… si l’histoire peut donner des leçons

Il y a beaucoup de choses à dire de l’Ukraine. Beaucoup de choses déplaisantes, comme la corruption des classes dirigeantes, les usines à bébés, l’importance des groupes qui se réclament du nazisme ou de Bandera, auxquelles il faut ajouter les manipulations et les manigances de la bureaucratie et des gouvernements européistes. À quoi il faut encore ajouter l’instrumentalisation de la « cause ukrainienne » contre les nations d’Europe.

Il y aurait aussi beaucoup de mal à dire de Poutine qui ne risque pas, lui, d’avoir une commission anticorruption sur le dos. Sans oublier le fait que Poutine n’est peut-être, à certains égards, qu’un moindre mal comparé aux cinglés panslavistes qui le poussent aux fesses.

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dimanche 25 janvier 2026

L’humanisme aujourd’hui

 Exposé à l’Université populaire de la Roya (23/01/2026)


Propos liminaire : J’ai publié en début 2025 Devenir des machines contre la déshumanisation du monde, de la réification de l’humain. La tâche centrale disait T.W. Adorno : comprendre comment l’humanité entre au pas de charge dans l’inhumanité. Avec le travail que j’ai entrepris autour de la question de l’humanisme, j’espère montrer qu’il existe une issue positive.

vendredi 23 janvier 2026

Vérité et interprétation

Introduction : qu’est-ce qu’interpréter ?


La vérité objective suppose que l’on s’en tienne aux faits. Telle est la première règle non seulement pour toute recherche scientifique, mais pour toute affirmation sérieuse. Au contraire, selon Nietzsche : « il n’y a précisément pas de faits, mais que des interprétations » (Fragments posthumes / fin 1886 – printemps 1887).

Cette position nietzschéenne a été souvent comprise comme l’affirmation d’un relativisme ou d’un perspectivisme radical. Les faits ne se donnent jamais qu’à travers une interprétation : cela veut dire qu’il n’y a jamais de « fait brut ». Et comme l’interprétation est toujours personnelle, chacun a son interprétation et donc chacun a sa vérité, du moins la seule vérité que l’on puisse atteindre…

lundi 19 janvier 2026

J’écris ton nom : liberté !

1. On peut s’abstenir de toute préoccupation politique, chercher la sérénité à l’abri des tumultes de la vie publique. C’est une position qui peut se comprendre, surtout si on regarde sans trop de complaisance le spectacle qui nous est offert. Passé un certain âge, on peut se contenter d’essayer de passer à travers les gouttes des orages politiques, et, si le monde doit aller à sa perte, qu’il en soit ainsi. On peut aussi adopter une position en quelque sorte « sartrienne » et se tenir pour responsable du monde, c’est-à-dire se tenir pour engagé dans les affaires du monde et contraint d’exercer son jugement et sa volonté, chacun à son niveau et en partant de sa situation propre. Mais si on choisit la deuxième solution, encore faut-il le faire à partir de principes moraux solides. On sait que les politiciens professionnels et les aspirants au rôle de politicien professionnel ont des principes très élastiques et mobilisent pour justifier leurs actions des analyses qui se veulent réalistes, voire scientifiques. Ils se moquent volontiers du moraliste : ce qui vaut en théorie ne vaut rien en pratique, répètent-ils, valorisant le cynisme chic, le réalisme un peu snob des esprits qui se croient supérieurs. Il me semble, au contraire de ce réalisme prétendu, que l’on doit partir de principes fermes et les plus belles analyses ne valent que pour autant qu’elles éclairent l’action que commande ces principes.

jeudi 8 janvier 2026

Aux sources de la république laïque

L’école du peuple entre ordre et révolution.

Par Christophe Miqueu, éditions « Le bord de l’eau », septembre 2025.


Christophe Miqueu enseigne la philosophie à l’INSPE de Bordeaux et la laïcité est tout naturellement au cœur de ses réflexions. Il nous livre avec son dernier ouvrage les fruits d’une réflexion menée depuis longtemps maintenant. Sa réflexion sur la laïcité est insérée dans un travail plus général sur le républicanisme, travail dont sa thèse de doctorat, Spinoza, Locke et l’idée de citoyenneté : Une génération républicaine à l’aube des Lumières (Classiques Garnier, 2012) fournit quelques solides fondements. Il a participé ou dirigé de nombreux ouvrages collectifs qui tournent autour des mêmes questions. Son petit « guide graphique », Comprendre la laïcité (Max Milo) jetait l’esquisse de l’ouvrage actuel. Christophe Miqueu est aussi un politique pratique. Maire (DVG) de Sauveterre en Guyenne, il a aussi été un compagnon de « La Sociale ».

samedi 3 janvier 2026

Les stades de la conscience morale selon Lawrence Kohlbert

 


Voici un résumé de la théorie des stades de la conscience morale, telle que la conçoit Lawrence Kohlberg – un des spécialistes de la psychologie génétique avec Jean Piaget.

mardi 2 décembre 2025

In English

 For my English-speaking readers, English translations of some of my works are available, generally in ebook format.






dimanche 23 novembre 2025

Résistance au mal


 Il est très difficile de résister au mal. D’abord, parce que le mal est attirant, il a souvent des couleurs chatoyantes, il promet, sans barguigner, tout ce que l’on veut. Tout d’abord, le mal en lui-même peut être désirable (cf. supra sur le rôle de la destructivité). Comme le disait Médée, « je vois le meilleur, je l’approuve et je fais le pire ». Les passions funestes obéissent toutes à cette logique. La volonté du sujet est anéantie et pourtant, il se croit le plus libre quand il cède à cette passion. L’ivrogne croit vouloir librement s’enivrer, faisait remarquer Spinoza : il se croit le plus libre au moment même où il est totalement assujetti à l’objet de son désir.

vendredi 31 octobre 2025

« No kids »


L’effondrement de la natalité un peu partout – seule l’Afrique résiste encore – est un signe. Comme l’homme de Neandertal, sapiens pourrait disparaître sans même avoir recours à une catastrophe nucléaire, par extinction lente, après avoir provoqué une extinction massive des êtres vivants sur notre planète. Toutes sortes de raisons sont avancées pour refuser de perpétuer l’espèce. Les femmes « émancipées » ne veulent se soumettre à la servitude de la maternité. Mettre au monde des enfants aujourd’hui est presque un crime contre la planète.

samedi 25 octobre 2025

A propos de "Mélenchon, le bruit et la fureur"

Cher Rodolphe Cart,

J’ai lu avec un intérêt soutenu votre livre consacré à Mélenchon, le bruit et la fureur. Portraits d’un révolutionnaire (éditions La nouvelle librairie). C’est un livre  dont je recommande chaudement la lecture parce que, prenant Mélenchon au sérieux, il s’efforce d’en retracer la cohérence par-delà les changements d’orientation à telle ou telle période d’une longue vie politique. L’examen des différentes facettes du personnage, dont vous faites une sorte de tomographie vous permet de donner une vision assez complète de sa pensée politique, sans vous engager dans des polémiques sur les pratiques réelles de Mélenchon aux différents moments de sa vie politique, sans vous engager non plus dans le récit de ses rapports avec ses amis, si souvent rejetés d’un simple twitt ou coup de téléphone définitif.

Nihilisme, disent-ils…

Il parait que l’Occident est décadent, nihiliste et déjà défait. Du moins si j’en crois des posts qui circulent sur les « réseaux sociaux » ...